Réjouis-toi

Réjouis-toi – 11 mars 2018

En ce dimanche « laetare », le prêtre peut porter des ornements roses, « couleur de l’aurore ». L’orgue peut chanter un peu plus ; et l’on peut fleurir le sanctuaire. Il y a donc une raison de se réjouir en ce milieu du temps de carême. Cependant, on peut dire que la raison n’est pas immédiatement perceptible.

De fait, dans la première lecture, tirée du livre des Chroniques, on peut comprendre que la joie du peuple exilé à Babylone est liée à la bonne nouvelle de savoir que le roi Cyrus va rebâtir le Temple de Jérusalem. Et cette nouvelle ne peut que susciter une grande espérance. Par ailleurs, on comprend aussi que la lettre de saint Paul aux Ephésiens puisse susciter la joie et l’action de grâce. Et cela est lié au fait qu’en Jésus-Christ, nous pouvons découvrir la miséricorde de Dieu et l’œuvre de sa grâce. Et cette grâce, c’est la possibilité de participer à la vie du Christ Jésus ; à la vie éternelle. Mais dans l’évangile, c’est moins évident. Et pourtant, là aussi, nous pouvons découvrir un motif de joie profond. Cependant, comme je l’ai déjà dit, ce motif n’est pas immédiatement perceptible.

En effet, dans la parole de Jésus à Nicodème : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle… »- dans cette parole donc- on ne voit d’abord que le serpent de bronze et l’annonce de la crucifixion de Jésus. Et en soi, il n’y a rien de réjouissant. Cependant, un regard plus aiguisé peut voir au-delà des signes et des mots. Ainsi, nous savons que celui qui était mordu par le serpent était guéri s’il regardait (avec foi) le serpent d’airain. Quant aux termes de « crucifié » et d’ « élevé », il faut savoir que saint Jean use du même mot « élevé » pour dire à la fois que Jésus est « élevé » sur la croix et « élevé » à la droite du Père par la résurrection et l’ascension.  Ainsi, pour saint Jean, la croix et la pâque sont les deux faces d’une même réalité de notre salut. Et il l’exprime avec un mot à double sens : « Jésus a été élevé de terre » Crucifié=exalté. Ainsi, pour saint Jean, l’Ascension commence le Vendredi Saint. Voilà en quelques lignes rapides pour dire le motif de notre joie en ce dimanche « laetare ».

Certes, saint Jean nous invite à oser regarder la croix où Jésus est « élevé ». C’est la crucifixion. C’est l’amour qui est allé jusqu’au bout du don de soi. Mais c’est aussi sur la croix que paradoxalement Jésus est « exalté », « élevé » à la droit du Père. Alors, oui, le prêtre peut porter des ornements liturgiques roses, « couleur de l’aurore » qui annonce la lumière du Ressuscité.

Père Joseph A Roan