Etre prêtre

Vous m’avez appris à être prêtre !

Très chers paroissiens de Sainte-Anne, après six belles années de ministère auprès de vous, notre archevêque me demande de vous quitter pour me mettre au service de la communauté paroissiale de Saint-Léon, dans le XVème arrondissement.

Au moment de partir de notre paroisse si chaleureuse, un épisode bien connu de la vie du saint curé d’Ars me vient à l’esprit. Jean-Marie Vianney vient d’être nommé desservant de la paroisse d’Ars. Du village d’Ecully où il avait passé 11 ans, il se rend à pied vers sa nouvelle paroisse. Arrivé à la limite du territoire de la paroisse d’Ars, il rencontre un jeune berger, Antoine Givre, qui lui indique le chemin du village. Et le saint de lui répondre : « Tu m’as montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du Ciel. »

Je ne sais pas si je vous ai bien montré le chemin du Ciel… En tous cas, j’ai essayé de le faire… comme j’ai pu… Et j’ai trouvé dans cette mission beaucoup de joie ! Mais ce dont je suis sûr, c’est que vous, chers paroissiens, m’avez montré non pas certes le chemin d’Ars, mais le chemin du sacerdoce. Car c’est vous qui m’avez appris à être prêtre ! Quand je regarde un peu en arrière, je me souviens de mon désarroi devant la mission qui m’attendait… Je me souviens de ma réflexion intérieure un peu lancinante : Je ne sais pas être prêtre ! Comment vais-je faire ? Avec tous ces gens qui attendent beaucoup de moi, qui pensent que je sais déjà être prêtre !

Alors bien sûr, c’est la grâce de Dieu qui « fait le prêtre », c’est le don de l’Esprit-Saint et la consécration par l’évêque qui réalisent ce mystère si grand de transformer un homme en un être radicalement nouveau, capable de rendre présent le Corps et le Sang du Seigneur, d’annoncer l’Evangile et de gouverner la petite portion du peuple de Dieu qui lui a été confiée.

Mais dans ces années de ministère à Sainte-Anne, j’ai découvert à quel point ce sont les fidèles aussi qui « font le prêtre ».

La bienveillance avec laquelle vous avez accueilli ma personnalité, mes maladresses, mes retards et mes erreurs m’ont appris que le prêtre n’est pas un homme parfait, mais un pauvre qui ne peut accompagner les autres que s’il accepte sa pauvreté.

Par votre exigence de sainteté pour vous-mêmes, vous m’avez poussé à travailler pour vous donner la nourriture dont vous aviez besoin, notamment dans l’enseignement et la beauté de la liturgie.

Par votre prière, vous avez permis à Dieu de déverser sur moi sa grâce quotidiennement pour qu’il transforme de plus en plus mon cœur en un cœur vraiment sacerdotal.

Alors, d’abord, un très grand et profond MERCI à chacun de vous. A ceux que je connais personnellement comme à ceux vers lesquels je ne suis pas assez allé et qui n’en ont pas moins été des artisans de mon sacerdoce ! Et ensuite, une exhortation : CONTINUEZ ! Continuez d’être bienveillants, exigeants et priants ! Continuez de désirer de tout votre cœur être un peu plus saints chaque jour : c’est le meilleur moyen d’aider vos prêtres à remplir leur belle mission de sanctifier, enseigner et gouverner le peuple chrétien.

abbé Louis Bardon +