Nos corps appelés à ressusciter

Nos corps appelés à ressusciter – 21 octobre 2018

La fête de la Toussaint, le 1er novembre, est une fête lumineuse, joyeuse, pleine d’espérance. L’Eglise se réjouit de savoir tant de ses enfants auprès de Dieu. Les 8 béatitudes que nous entendons ce jour nous rappellent que malgré les souffrances du temps présent, la promesse de la vie éternelle reste plus forte, et ne demande que l’adhésion de notre foi.

La journée de prière pour les fidèles défunts, le 2 novembre, est elle aussi une journée pleine d’espérance, parce que si nous n’ignorons pas la douleur de la mort, nous savons que Dieu offre un au-delà de la mort. Il nous appelle tous à la vie éternelle. Nous pensons à nos défunts, en mêlant dans notre prière douleur et espérance.

C’est en raison de cette espérance que nous honorons pendant la célébration des obsèques le corps du défunt. Il a été le temple de l’Esprit Saint, et il est appelé à ressusciter. On lui marque un grand respect, on le bénit et on l’encense.

Contrairement à ce que l’on pense souvent, le christianisme n’est pas une pure spiritualité, voulant nous donner des leçons sur la vanité de ce monde qui passe. Les philosophes et les poètes l’ont très bien fait, sans pour autant être chrétiens. Le christianisme est une religion de l’Incarnation. Le Fils de Dieu a pris notre chair. Pour nous, il a connu la mort afin de nous libérer de la mort et nous conduire à la Vie. Après sa crucifixion, son corps a été recueilli avec soin, puis déposé dans un tombeau. Quand il est ressuscité, il a montré la marque des clous et de la lance pour signifier qu’il était pas un pur esprit.

Par le baptême, Jésus nous fait participer à sa résurrection. Quand on baptise quelqu’un, on ne verse pas l’eau sur une « âme », mais sur le front — sur le corps d’une personne.

La célébration liturgique des obsèques exprime la foi en la résurrection et la dignité reconnue au corps de chaque personne humaine. Elle reprend la liturgie du baptême : lectures évoquant la vie nouvelle du Christ ressuscité, cierge pascal allumé, emploi de l’eau baptismale. En accompagnant le corps dans l’église, et si on le peut jusqu’au cimetière, on prend le temps du deuil, dans la douleur et dans l’espérance.

Sans interdire l’incinération, l’Eglise ne la recommande vraiment pas. Faire disparaître le corps en le réduisant en cendres nous semble plus propre, plus discret. Mais intervenir sur le corps d’un défunt n’est pas un acte neutre. Le faire disparaître dans le feu ne respecte pas ce qu’il demeure, même dans la mort : le corps de quelqu’un, et non un objet. Et cela ne facilite aucunement le travail de deuil de ceux qui restent.

Il y a bien sûr dans l’épreuve de la mort quelque chose d’intime, qui appartient aux familles ou aux proches. Et chacun est renvoyé à sa propre existence. Mais nous ne sommes pas solitaires, séparés les uns des autres. C’est toute l’Eglise qui souffre et qui espère. Elle intercède pour ceux qui nous ont quittés ; elle prie avec et pour ceux qui sont éprouvés par la perte d’un proche, elle est là aussi pour les accompagner. Par la liturgie et par l’accompagnement pastoral, elle apporte consolation et espérance.

Que cette journée de prière pour les fidèles défunts affermisse en nous cette espérance.

Père Henri de l’Eprevier