Comment accueillir la parole de Dieu ?

Comment accueillir  la Parole de Dieu ? -11 novembre 2018

           Nous entendons, plus précisément nous écoutons à un moment donné cette Parole. Comme elle accomplit ce qu’elle dit, qu’elle est efficace, nous savons qu’elle sera agissante, qu’elle germera en nous au moment favorable. Mais à cet instant, elle rentre simplement en nous pour se loger dans notre esprit.  Ce qui nous ennuie, c’est que nous n’avons pas de prise immédiate sur elle. Elle semble filer entre nos doigts sans se laisser mettre la main dessus, tandis que nous ressemblons à un petit enfant qui préfère tenir son aliment entre ses doigts pour l’étudier plutôt que de l’avaler et le laisser disparaître en lui. C’est pourtant le seul moyen d’être nourri.

             Des jours, des mois ou des années plus tard, nous faisons l’expérience que cette parole entendue a germé, pousse en nous et transforme notre vie : le moment favorable est arrivé, elle se développe dans notre âme et la travaille avec délicatesse, élargissant ainsi l’espace de notre être. C’est au moment où nous remarquons sa présence en nous que nous percevons du même coup combien cette Parole était fragile et vulnérable : elle ne s’est pas imposée à nous, nous pouvions vraiment la repousser, la piétiner à terre comme une graine inutile ou superflue. C’est au moment où nous la reconnaissons nôtre que nous comprenons mieux que le Verbe s’est fait chair, notre chair : la Parole de Dieu est en nous fragile comme toute rencontre, elle se soumet au temps qui nous est nécessaire pour apprivoiser autrui jusqu’au jour où nous réalisons qu’elle s’est incorporée à notre être, comme ceux que nous aimons, sans nous détruire mais en nous dilatant à sa mesure.

            Ainsi, la Parole de Dieu faite chair en nous nous invite à une vraie pudeur, comme dans toute relation humaine. De même que nous ne pouvons pas mettre la main sur les autres, les faire rentrer dans nos cases sous peine de les détruire et de les perdre, de même le Verbe de Dieu exige de nous la même crainte de le réduire à nos vues toutes faites, le même tremblement devant la beauté de ce que nous aimons. Nous sommes appelés à laisser Dieu nous rencontrer dans nos profondeurs sans vouloir maîtriser cette rencontre : le plus précieux est ce que nous recevons comme un don inattendu.

            Bien sûr, ce mode d’action de la Parole divine est à contre courant d’un monde ou tout doit être saisi d’un seul coup, d’un seul regard, dans une immédiateté qui engloutit ce qu’elle saisit mais empêche de pouvoir rentrer dans l’épaisseur de ce qu’elle contient. Face à cette hâte stérile, demandons à Dieu de nous apprendre la patience du semeur. Acceptons donc de nous mettre à l’écoute de cette Parole et de la contempler quotidiennement pour qu’elle germe un jour en nous sans que nous en ayons choisi « ni le jour ni l’heure. » Amen.

   Abbé Henri Beaussant