La vérité sans démagogie

La vérité sans démagogie – 03 février 2019

Manifestement le Christ n’est pas un tacticien qui calcule le meilleur moyen de briller aux yeux de ses contemporains, même s’ils sont fascinés par ses propos, presque envoûtés. Il a le courage de la vérité tout en sachant les conséquences de ses futures paroles. Il ose la parole qui bouscule parce qu’elle est vraie et inévitablement charitable. Il dit paisiblement et sans démagogie la vérité.

Un communicant l’en aurait déconseillé et l’esprit séculier de notre époque dissuadé ! Il ne faut pas brusquer, cliver, diviser, trancher, plutôt vivre « l’unité dans la diversité », « le consensus dans nos différences » … et pourtant le Christ dit sans ménagement ce qu’il sait, en anticipant même sur les propos probables de son auditoire, et ce, jusqu’au prix du sang. Par charité il ose dire la vérité, et bouscule pour les changer ceux qui viennent l’écouter et l’admirer sans rien changer … De leur temps ils avaient pour circonstances atténuantes, le principe de nouveauté, et aujourd’hui nous pourrions dire que nous avons celui de l’ancienneté ! Nous savons tout ça et ce n’est pas la première fois que nous entendons ce passage de l’évangile … mais que change-t-il en nous ? Serions-nous comme les familiers du Seigneur, tellement habitués à le rencontrer, à le croiser, à le fréquenter, à communier, que nous en serions comme bouchés, anesthésiés ? Installés dans nos principes, ou nos « valeurs », accommodés de quelques arrangements personnels pour préserver l’incompatible avec l’évangile, et surtout ne rien changer à nos vies ?

Face à la dictature du relativisme, ou l’esclavage du « qu’en dira-t-on ? » nous devons avoir le courage de la vérité qui s’appuie sur la charité. Tout comme la charité ne va pas sans la vérité ! Intraitables dans les principes et toujours respectueux des personnes. Ne cessons pas de dénoncer le mal, même si nous sommes vilipendés ; le mal est mal, même si la majorité le pratique ou le considère comme normal, et le bien est bien même s’il est ridiculisé … Connaissant le « Dieu d’amour » et annonçant la « civilisation de l’amour » nous devons en vivre en combattant notre paresse spirituelle, et en témoigner au quotidien avec solidité, sans oublier que justice et vérité sont deux jumelles inséparables. La charité ne peut servir de prétexte à la bêtise, ou la mollesse. En revanche la charité désordonnée, contrairement à l’objectivité, c’est à dire à la vérité du Christ, de l’Evangile et de l’Eglise, conduira dans l’erreur et sous couvert de correspondre aux aspirations du « monde » ou du siècle, nous fera perdre la saveur de la foi. Clairvoyance, courage, humilité, force et douceur doivent nous permettre de vivre la vérité, sans démagogie et avec charité.

Abbé Guillaume Seguin