Soyez sans crainte… Avancez au large !

Soyez sans crainte… Avancez au large ! -10 février 2019

« Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? » Le premier reflexe de l’appelé est souvent l’hésitation : serai-je à la hauteur ? Est-ce que je mérite cet appel ? Plus d’un s’angoisse devant l’appel du Seigneur et cherche une échappatoire pour ne pas y répondre : Isaïe répondait par la fragilité de l’homme, Pierre par sa faiblesse-même et Paul, « l’avorton », il était le persécuteur par excellence de la foi.

Cette hésitation peut avoir aussi pour origine l’idée qu’on se fait de Dieu : un Dieu terrifiant. Dans la première lecture, ce dimanche, Dieu apparait dans sa majesté et dans sa transcendance. Isaïe, éprouvait de la terreur : Dieu est tellement transcendant que l’homme ne peut pas tenir devant lui. Cependant, à travers l’Evangile de saint Luc, Jésus présente le visage d’un Dieu transcendant devenu l’un de nous, proche de nous qui sommes pécheurs représentés par Pierre. Quoi de plus grand amour que cet abaissement (Kenose) ? Il est si proche au point qu’il veut nous intégrer dans son unité divine (Dieu-Trinité). Quand Jésus rencontrait, en effet, Saul sur la route de Damas, il a exprimé cette volonté : « pourquoi me persécutes-tu ! » lui disait-Il, au lieu de « pourquoi persécutes-tu mes disciples ». C’est pour dire qu’Il forme un seul Corps avec ces derniers. Comment répondre alors à l’appel ?

A l’exemple de Pierre, il nous faut d’abord laisser Jésus entrer dans notre barque, c’est-à-dire dans notre vie au quotidien. Mettons-la à sa disposition avec sa précarité, son désespoir, ses échecs, mais aussi avec ses humbles joies. Soyons attentifs à son enseignement, surtout à sa Parole qui nous dit : « Avance au large,… Sois sans crainte ». Lâchons prise. Laissons-Le transformer notre vie.

Il nous faut ensuite nous laisser inviter à la mission : « désormais ce sont des hommes que tu prendras ». C’est la « mission du filet ». Une mission de rassemblement des hommes dans la communion au Corps du Christ, à l’image du filet qui rassemble tous les genres de poisson sans exception. Ce n’est pas comme la pêche à la ligne, un simple loisir qui ne prend qu’une quantité limitée et sélectionnée de poisson. Luc met l’accent sur l’exigence de la communion ou de la solidarité dans cette mission. Pierre a appelé les autres pêcheurs pour l’aider à tirer le filet, sur le point de craquer. C’est pour signifier que la mission est une mission de communier dans la communion. Il faut se serrer les coudes pour l’avènement d’un monde nouveau : un monde d’amour.

Enfin, à la question : Est-ce que je mérite cet appel ? –La réponse est « Evidemment !» Dieu nous appelle tels que nous sommes, sinon Il enverrait des anges. Ce serait plus facile. A son appel, entrons dans notre barque et avançons au large : « Me voici : envoie-moi ! ». N’attendons pas d’être parfait pour partir en mission sinon, nous ne nous lancerons jamais. C’est lui-même qui nous purifiera au fil de la mission.

Jean-Elysée Solofonirina