Un temple dans le temps

Un temple dans le temps – 16 juin 2019

Avec la solennité de la Pentecôte, se termine le temps pascal. Tout n’est pas terminé en réalité, car dans l’élan de la Pentecôte, l’Eglise célèbre la Sainte Trinité, le Saint Sacrement et le Sacré-Cœur de Jésus. Un mystère en appelle toujours un autre; aucune fête n’épuise la totalité du mystère chrétien.

Ceci ne vaut pas seulement pour les fêtes d’après la Pentecôte ; c’est toute l’année liturgique qui constitue un déploiement dans le temps de ce que nous professons dans le Credo. Un adage dit justement : lex orandi, lex credendi, la règle de la prière, c’est la règle de ce qui est cru.

Les fêtes et les temps liturgiques ne se succèdent pas de façon aléatoire. Il y a un ordre qui nous aide à expérimenter dans notre cœur, dans notre esprit et même dans notre chair, toute la richesse de notre foi. Le facteur du temps est pour cela essentiel. Un auteur juif, Abraham Heschel (cité par Saint Jean Paul II), fait remarquer que selon la Bible, Dieu construit un temple non dans la pierre, mais dans le temps. Chrétiens, nous avons hérité de cette conception : « Le temps est supérieur à l’espace » écrivait le Pape François (Evangelii Gaudium). Avant même de bâtir des églises (hormis quelque exception, il faut attendre le IVe s. pour voir apparaître les premiers édifices chrétiens, les chrétiens ont « construit » l’année liturgique.

Avec l’année liturgique, nous sortons du temps cyclique, l’éternel recommencement qui caractérise la conception païenne d’une histoire centrée sur elle-même. Chaque fête liturgique nous rapproche davantage de la venue du Christ en gloire à la fin des temps. Elle nous rappelle que notre histoire va vers un but magnifique, et non vers le néant.

Nous sortons aussi de la monotonie du temps « plat ». En voulant conquérir le droit de travailler et d’acheter le dimanche, en réduisant Noël, Pâques où la Toussaint à des fêtes mercantiles d’où la signification religieuse est exclue, on fabrique une temporalité plate, où tous les jours se valent, et où le temps n’a plus ni relief, ni saveur, ni horizon. C’est pourquoi l’Eglise demande de « sanctifier le dimanche » (comme nos frères juifs le shabbat), non seulement en participant à la messe, mais en en faisant une journée de fête.

On peut dire que pour chacun, l’année liturgique est une école qui permet de se réapproprier les différents aspects de notre foi. Elle constitue une sorte de catéchisme pour adultes (et pour enfants !). Ceci suppose que nous essayions de nous renseigner sur le sens de chaque fête et d’en connaître le contenu, et surtout de chercher à la vivre profondément : en nous y préparant ; en soignant la célébration des fêtes ou même du dimanche ; en tenant compte dans notre prière, dans nos actes ou dans notre comportement du temps où nous sommes ; en remettant le jeûne au cœur de notre vie, etc…. Notre prière s’en trouvera revigorée, enrichie, renouvelée.

L’année liturgique est un trésor non dans l’espace, mais dans le temps. Ce trésor n’est pas inaccessible, caché dans une caverne : nous avons un sésame, le don de l’Esprit Saint qui nous en ouvre l’accès, et qui nous permet d’en vivre. A nous de le recevoir.

Père Henri de l’Eprevier