Filiation

Filiation – 06 octobre 2019

« Tu honoreras ton père et ta mère ». Le quatrième commandement du Décalogue a un but plus profond que celui d’assurer un bon ordre dans les familles. En honorant notre père et notre mère, nous reconnaissons que notre vie est d’abord reçue. Nous ne nous sommes pas créés nous-mêmes : notre existence en ce monde est un don. Se reconnaître fils ou fille est fondateur pour pouvoir construire son existence humaine. En outre, la relation filiale détermine notre relation conjugale et parentale.

Nous avons tous besoin de connaître ceux qui nous ont donné la vie. Beaucoup ne connaissent pas leur mère ou bien leur père. Cela ne les empêche pas, bien sûr, de mener une existence heureuse, mais c’est une situation souvent accidentelle et regrettable, due à un décès, ou à une séparation, parfois aussi à une situation de violence. Ce n’est pas une situation normale. Il est alors nécessaire de prendre des mesures pour que l’enfant puisse grandir dans les meilleures conditions. Mais même absents, le père et la mère restent des références symboliques, essentielles pour la construction humaine, psychologique, affective de l’enfant. C’est en connaissant ses origines qu’on peut se connaître soi-même. Alors comment concevoir qu’une loi prive délibérément l’enfant de son père ?

Les évêques ont manifesté clairement leur opposition au projet de loi concernant la PMA (et plus largement le projet de révision des lois de bioéthique), non par refus des progrès de la science ou des choix de la société, mais parce qu’ils veulent dire « oui » à la vie. A celui qui demande si l’Eglise est à sa place quand elle se prononce sur le travail des législateurs, on peut répondre par une autre question : le législateur est-il à sa place quand il tente de redéfinir la filiation ?

Cette question en entraîne d’autres, comme celle de la dissociation entre le biologique et le culturel. D’un côté, on s’apprête à réduire le rôle du père à celui de géniteur, chargé de fournir des cellules reproductives, de l’autre, on va dans le meilleur des cas trouver un « référent masculin », laissant l’enfant désemparé face la question de son origine paternelle. Or, ce qui nous construit, c’est l’amour par lequel les parents, en se donnant l’un à l’autre dans leur cœur et dans leur corps, nous ont donné la vie.

Le projet de loi sur l’extension de la PMA aux femmes seules est particulièrement inquiétant car il remet en cause des éléments fondamentaux pour notre société. Un professeur de droit parle d’une « révolution anthropologique sans précédent ». Le projet de loi d’ailleurs embrasse bien d’autres sujets de bioéthique, d’une aussi grande gravité, comme le statut de l’embryon, etc…

« Tu honoreras ton père et ta mère ». Pour un enfant, les parents sont comme une image, une icône pourrions-nous dire, de la paternité de Dieu. Toute l’histoire biblique consiste pour l’homme à retrouver le chemin de cette paternité perdue à l’origine. Le refus de la paternité a entraîné la dislocation des liens entre frères : comment peut-on être frère sans un unique père ? Nous connaissons l’histoire de Caïn et Abel, celle de Jacob et Esaü, celle de Joseph et ses frères… Jésus, lui, s’est révélé comme Fils, il est devenu « l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8,29 ; cf. aussi He 2) pour faire de nous des fils et nous mener jusque dans les bras du Père.

Des lois qui brouillent la filiation sont de mauvaises lois. Elles ne peuvent pas faire de bien. Que l’Esprit Saint donne la sagesse aux législateurs – et à nous-mêmes – pour retrouver le bien authentique de l’homme, et le courage d’en tirer les conséquences. Que l’évangile éclaire nos sociétés pour le bien de tous !

Père Henri de l’Eprevier