LA GUERRE : LE VISAGE DU PECHE

LA GUERRE : LE VISAGE DU PECHE– 17 novembre 2019

L’Évangile de ce 33ème dimanche parle de catastrophes : il y aura la ruine de Jérusalem, des guerres, des famines, des persécutions, etc. Ces événements ne sont-ils pas d’actualité ? Des grandes violences, des scènes d’horreur, des morts cruelles et des souffrances de toutes sortes, loin d’une simple représentation, les guerres sont plutôt une réalité et font partie de l’expérience de l’histoire mondiale. Une triste histoire humaine. Rien d’apocalyptique, l’homme lui-même s’éloigne de Dieu et inflige volontairement à des humains des souffrances incommensurables. Les violences de guerre dans l’histoire humaine, violences gratuitement orchestrées, voilà le visage du péché : une volonté pour le mal, une déshumanisation ultime, la négation de la noblesse humaine.

Ce mal est dans l’homme seul et se manifeste dans sa capacité, dans son ingéniosité pour anéantir ses semblables. Oui, le péché, la liberté de l’homme y est engagée. Une liberté reniée qui devient liberté pour le mal ; autrement dit, une liberté associée à une ingéniosité malsaine mettant volontairement en œuvre des techniques du péché : des méthodes et des moyens sophistiqués, savamment élaborés dans l’unique but d’anéantir ses semblables, des humains. Le génie humain ne se serait-il pas dégradé ? Ne se serait-il pas travesti en malin génie ? Corrompue par la puissance du mal et du péché, une certaine capacité d’inventer est devenue volonté de réaliser le mal.

D’une efficacité excluant tout hasard, leur emploi massif, l’œuvre exterminatrice des êtres humains poursuivis, les techniques du péché auront prouvé que l’homme, éloigné de l’appel à l’amour de Dieu et du prochain, aura choisi d’investir son intelligence au service du mal. Le péché n’est-il pas là ? Les tragédies de l’histoire le démontrent. La volonté pour le mal est manifestement une œuvre rationnelle. Les actions violentes des guerres ne sont-elles pas délibérées, planifiées et exécutées suivant les modes du système mis en place ? L’intellect n’y est-il pas suffisamment mobilisé pour répondre à des objectifs précis et atteindre des résultats évidents ? Les malheurs du monde sont le drame d’une intelligence orientée pour la réalisation du mal, d’une rationalité technologique affectée du péché.

Ce détournement des techniques de la noblesse de leurs fins et leur affectation au service d’une volonté impie destructrice du sacré consacrent l’impiété, une volonté sacrilège. Là où la piété envers la vie a été rompue, le lien envers Dieu a été fissuré. La négation de la vie humaine n’est-elle pas une négation même de Dieu ? L’impiété et le sacrilège ne sont possibles que là où l’homme se détourne de Dieu en s’érigeant lui-même en idole. Des exterminations des milliers d’êtres humains et les misères occasionnées par les violences contemporaines permettent de prendre conscience de cet indice du péché. Les guerres n’ont plus une autre forme que ce rituel d’extermination physique et morale d’êtres humains et de désacralisation des lieux saints.

Le péché est d’autant plus évident que ces guerres et ces violences sont liées à l’envie et à la cupidité. Elles ne sont même plus des guerres de survivance, mais idéologiques et sans contrepartie spirituelle. Des personnes faibles, notamment les enfants, les femmes, les vieillards, les malades, les personnes handicapées, ne sont plus tenues à l’écart des combats ; elles ne sont plus protégées. Les guerres étant devenues affaire des techniciens, personne n’est plus en dehors du champ de bataille. Plus aucune vie n’est épargnée, plus de révérence pour elle. Le sacré n’est plus reconnu. Y priment l’idéologie, le mensonge, l’esprit d’abstraction et l’objectivation, des pouvoirs de travestissement du semblable à un être abstrait, à une personne fantôme dénommée ennemi et substituable à un objet encombrant, inutile ou gênant. Il faut détruire, anéantir ou supprimer l’ennemi. Une négation absolue de ceux qu’on exclut dès lors de l’humanité, ceux dont on renie le sacré, l’être image de Dieu. Est-ce un pessimisme troublant ? N’est-ce pas plutôt une affirmation de l’espérance qui nous habite ? N’avons-nous pas raison d’espérer ? Si ! L’amour de Dieu peut changer le visage d’un monde en agonie.

Père Blaise Mankana