Le Christ, roi crucifié et glorieux

Le Christ, roi crucifié et glorieux – 24 novembre 2019

Un jour, nous rapporte l’évangéliste Saint Jean, Jésus multiplia les pains et nourrit une foule très nombreuse. Enthousiasmée, la foule décida de le faire roi; apprenant cela, il s’enfuit aussitôt, dans la montagne. Il n’accepta le titre de roi qu’au moment où aucune équivoque ne pouvait intervenir : « donc, tu es roi ? », demanda Pilate à Jésus, « Tu le dis », lui répondit-il, en ajoutant : « mon Royaume n’est pas de ce monde ». Et sur la croix, Pilate fit apposer l’écriteau : « Jésus de Nazareth, le roi des Juifs ». C’est sur la croix que Jésus a manifesté sa royauté.

Dire de Jésus qu’il est roi, ce n’est pas lui reconnaître un pouvoir sur le modèle des royautés humaines. Jésus remarque très justement : « les rois de ce monde font sentir leur pouvoir ». Il n’y a d’ailleurs pas que les rois de ce monde qui aiment faire « sentir leur pouvoir ». Pour Jésus, la royauté est tout l’inverse de cela. Sa royauté est un dépouillement de lui-même, une remise de toute sa personne au Père, dans la vérité et dans l’amour. Sa royauté est un service : il règne parce qu’il est serviteur, c’est même le nom qui lui est donné dans les évangiles : il est « le Serviteur ». Il accomplit la volonté du Père qui est de nous sauver de la mort, et de nous mener au Ciel. « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis » dit-il au bon larron.

Dire de Jésus qu’il est roi, c’est lui permettre de régner – c’est à dire d’avoir une influence concrète – dans le monde, dans l’histoire, dans notre vie.

– Dans le monde : en reconnaissant la royauté du Christ, nous refusons d’idolâtrer quelque pouvoir que ce soit. N’oublions pas que la fête du Christ Roi de l’Univers a été instituée par le Pape Pie XI en 1925, à un moment où se mettaient en place des régimes politiques totalitaires, qui prétendaient qu’aucune loi ne pouvait prévaloir sur leurs propres lois. Or, selon le principe énoncé par Jésus : « rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », si l’homme doit rendre compte à l’autorité publique de ce qui concerne sa vie sociale, et doit obéir aux lois légitimes de la nation dont il est citoyen, il n’a à rendre compte de sa vie et de sa conscience que devant Dieu. Il garde toujours une liberté sur laquelle aucun pouvoir ne doit chercher à avoir de prise.

– Dans l’histoire, parce que c’est au Christ qu’appartient la destinée ultime de l’humanité. Selon les paroles de Saint Paul, le Christ, ayant vaincu la mort, viendra à la fin des temps – c’est ce que l’on appelle la Parousie – et remettra le monde au Père. Par la résurrection des morts, il inaugurera « un règne sans limite et sans fin: règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix » (Préface de la messe du Christ Roi).

– Dans notre vie, parce que le règne du Christ ne viendra que si nous le laissons guider nos vies et avoir une influence concrète dans nos pensées, dans nos choix, dans notre vie de chaque jour. Ce n’est rien d’autre que la vocation à la sainteté, enracinée dans notre baptême. C’est en passant par les cœurs de ses disciples que le règne du Christ gagnera le monde.

Père Henri de l’Eprevier