CEUX QUI ATTENDAIENT LA DELIVRANCE DE JERUSALEM

CEUX QUI ATTENDAIENT LA DELIVRANCE DE JERUSALEM – 02 février 2020

Les prophéties de Syméon et Anne proclament l’accomplissement de l’espérance de « Ceux qui attendent la délivrance de Jérusalem » et « la consolation d’Israël ».  L’espérance de ce peuple durement éprouvé est ici interprétée en termes messianiques du futur salut et de la gloire à venir de Jérusalem. Tout au long de l’histoire du salut, Yahwé s’est présenté comme le libérateur de son peuple de l’oppression des autres nations. La Révélation enracine cette expérience et celle-ci, s’étant approfondie, est devenue l’espérance de tout un Peuple : « Dieu nous enverra un Libérateur ». Le messie libérerait définitivement Israël.

Dans la perspective spirituelle et messianique, cette libération était plus perçue comme un rachat, une rédemption. L’expression « rédempteur » issue du vieux français « rédimer » (qui veut dire racheter) et du latin « redimere » correspondant au grec « lutrousthaï », fréquemment employé dans le Nouveau Testament, traduit la dimension de rachat : l’acte de « délivrance », le fait de rendre à quelqu’un sa liberté ou de le sortir d’une situation misérable ou de mort moyennant une contrepartie.

Des pratiques rédemptrices constituaient pour les Hébreux un élément culturel et religieux important. Il impliquait l’intervention d’un parent en faveur d’un membre de sa famille, mort ou vivant. Vis-à-vis d’un mort assassiné, le « rédempteur du sang » est le vengeur qui mettra à mort le meurtrier (Nb 35, 19-27). Vis-à-vis d’un mort sans enfant, le rédempteur lui donne une postérité en épousant sa veuve. C’est le cas de Booz à qui Ruth, la veuve, demande : « Epouse ta servante, car tu es mon racheteur » (Ruth 3,12-4,14). Pour le cas d’un vivant tombé dans la misère ou l’esclavage, le rédempteur est celui qui paie ses dettes ou se rachète lui-même : « Si ton frère est devenu pauvre et vend une portion de sa propriété, son représentant, son parent le plus proche rachètera ce qu’a vendu son frère. S’il le vend à l’étranger, un de ses frères… son oncle, ou le fils de son oncle ou l’un de ses proches parents pourra le racheter ; s’il acquiert des richesses, il se rachètera lui-même » (Lv 25,23-28.47-49).

L’espérance messianique juive avait attribué toutes ces interventions à Dieu. C’est Lui rédempteur-vengeur de sa nation : « Voici que je lèverai ma main vers les nations, je dresserai mon étendard vers les peuples… c’est moi qui vais quereller ton querelleur, je ferai manger à tes oppresseurs leur propre chair…c’est moi, le Seigneur, celui qui te rachète » (Is. 49,22-26). C’est Lui le Vengeur qui suscitera à Israël une descendance. Telle une épouse délaissée, abandonnée, Israël sera repris dans l’Alliance et Dieu l’aimera d’un amour indéfectible. Veuve, elle sera de nouveau épousée par le Seigneur. Stérile, elle sera mère d’une postérité innombrable (Is. 54,1-8). Le Seigneur Dieu est aussi le rédempteur, le racheteur, qui libère son Peuple moyennant rançon, tel un esclave ou un miséreux que l’on rachète entre les mains d’un ravisseur : « Israël : ne crains pas, car je t’ai racheté… je suis ton Dieu… ton sauveur. J’ai donné l’Egypte en rançon pour toi, la Nubie et la Séva en échange de toi » (Is. 43,3-4 ; 45,14). En maintes reprises Israël a fait l’expérience d’un peuple racheté par Dieu : d’abord de la servitude d’Egypte (Dt 7,8 ; 15,15 ; Lv 51,10 ; Ex 6,6 ; Ps 74,2), ensuite de la domination babylonienne (Es 41,14 ; 43,1), et plus profondément encore du péché de l’idolâtrie et de ses multiples infidélités : « C’est lui qui rachète Israël de toutes ses fautes » (Ps130,8).

Siméon et Anne, justes et pieux, étaient de ceux qui attendaient (Ps. 130 : 6) ! Ils appartenaient au fidèle résidu en Israël, qui dans ces jours de déclin et d’apostasie, s’attachait fermement à la Parole de Dieu et attendait patiemment son accomplissement. Dans ce petit Enfant que Marie et Joseph présentent au Temple, ils découvrent Celui qui réalise l’économie du salut : le Rédempteur de l’Homme et de l’humanité pécheresse. Le Fils de Dieu venu pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude (Mc 10,45). Syméon et Anne reconnaissent en Lui Celui qui assure leur délivrance : « Tous ont péché, sont privés de la gloire de Dieu, mais lui, gratuitement, les fait devenir justes par sa grâce, en vertu de la rédemption (délivrance) accomplie dans le Christ Jésus » (Rm 3,23-24). Ils l’ont vu, leur consolation est profonde. Saurons-nous attendre, justes et pieux ?

Abbé Blaise Mankana