Editorial – 17 mars 2019

Pierre est pétrifié

Comment ne pas remarquer la stupeur avec laquelle, Pierre, Jacques et Jean ont dû vivre ce moment éblouissant de la Transfiguration du Seigneur ? Voilà qu’à l’issue d’une ascension, à la fois fatigante et insolite, sur une haute montagne, ayant été sélectionnés parmi les autres, ils assistent à une manifestation divine, qui leur réclame de bien écouter, Le Fils bien aimé illuminé. Les signes ne trompent pas, et nos marcheurs décodent parfaitement qu’ils sont en présence de Dieu, puisque Pierre propose comme spontanément et tout naturellement de dresser trois tentes pour demeurer ici, avec leurs compagnons de l’Ancien Testament qui les ont rejoints, on se sait comment. Alors, comme ce fut le cas lorsque Dieu était présent au milieu de son peuple dans la tente du rendez-vous, signalée par la colonne de feu la nuit ou la nuée, le jour, ils envisagent des toiles pour demeurer. La présence comme normale de Moïse et d’Elie ne semblent pas plus troubler nos apôtres, cependant accablés de sommeil … le même sommeil mystérieux qui tomba sur Abram, et jadis sur Adam, grâce auquel, Dieu lui-même agit pour l’Homme et établit l’Alliance.

Serions-nous, nous aussi, accablés de sommeil ou de soucis, comme pétrifiés par les événements, et l’actualité, de telle sorte qu’au beau milieu de ces conditions hostiles, ou contraires, ce serait toujours Dieu à la manœuvre ? Lui sur qui nous pouvons nous appuyer. Saint Paul le sait sans aucune hésitation, et il peut l’enseigner aux Philippiens : « Nous avons notre citoyenneté dans les cieux » … « alors tenez bon dans le Seigneur » ! Quelle belle manière de comprendre qu’en étant dans le monde, nous ne sommes pas du monde. Une force incroyable nous habite dans notre faiblesse, la sainteté peut jaillir du péché, la vie de la mort, la lumière des ténèbres, le pardon de la faute, la liberté de l’esclavage, l’espérance du désespoir … Il nous faut alors accepter d’être « fatigués » ou pétrifiés, sans perdre pied, en demeurant sous la tente (le tabernacle en latin), au pied de la présence du Christ dans l’Eucharistie, pour l’écouter. Imaginez le rayonnement de notre vie depuis que le Seigneur, non seulement a été transfiguré, mais surtout est ressuscité ! Comment par notre baptême pourrions-nous, devons-nous en être les témoins, au quotidien ?

Abbé Guillaume Seguin