Archives pour la catégorie Editoriaux

Editoriaux hebdomadaires

Le Seigneur console et guérit

Le Seigneur console et guérit – 16 décembre 2018

            « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem et criez lui que son service est accompli, que sa faute est expiée, (…) ».

            Cette parole est tirée du chapitre 40 du livre d’Isaïe qui est abondamment citée durant cet Avent. Elle est prononcée durant une période douloureuse pour le peuple d’Israël, lorsqu’il fut chassé de sa terre et condamné à l’exil ; elle agit comme une réconciliation entre le peuple et son Seigneur en dévoilant le vrai visage de Dieu. Il en est de même pour nous en ce temps d’Avent. Nous ne nous préparons pas à fêter comme chaque année la naissance de Dieu, mais nous sommes appelés, travaillés par une année de plus passée à ses côtés, à distinguer plus précisément les traits du visage de notre Dieu. Cet Avent 2018 est unique et ne ressemble à aucun de ceux que nous avons vécus ou vivrons.

            À l’écoute de ce passage, nous redécouvrons que cette voix qui porte la bonne nouvelle divine, n’apporte pas un jugement ou une désolation mais la consolation même dans les situations les plus difficiles que nous pourrions traverser à l’instar du peuple hébreu. Dieu se révèle vulnérable et proche du peuple des hommes qu’il rejoint dans leurs fragilités.

            Cette consolation divine fait exploser toutes les images humaines que nous en avons. Elle n’est pas une consolation affective, comme un mot ou un geste humain qui apaise mais n’ont pas le pouvoir de guérir. La consolation divine est une consolation transformante et vivifiante : elle vient saisir notre toutes les dimensions de notre être et rendre la vie à ce qui était en train de mourir.  Elle rend de nouveau praticable le chemin devenu impraticable entre Dieu et les hommes. Cette consolation n’est pas un calmant pour l’homme mais c’est une promesse déjà réalisée dans l’incarnation de Jésus. En naissant et en ressuscitant, le Fils de Dieu ne se contente pas de paroles consolatrices mais il réalise ce qu’il dit : il est action de Dieu dans le monde. Il le vit et l’expose au monde sur la croix, lieu de consolation par excellence de l’humanité. Là le Christ vainc la mort et incarne les paroles bibliques que prononce Isaïe.

            Accueillons cette consolation qui porte le nom de Jésus-Christ, et qui inlassablement s’offre à l’homme pour venir le visiter à l’intime de son être, afin de réellement le consoler et le guérir. Amen.

Abbé Henri Beaussant +

Jésus aurait-il enfilé un gilet jaune ?

Jésus aurait-il enfilé un gilet jaune ? – 9 décembre 2018

Difficile de répondre !!

Mais l’Eglise elle, sait de quoi elle parle quand il s’agit d’évoquer la situation des plus pauvres et des plus démunis. C’est même dans son ADN. « Ce que vous faites au plus petit c’est à moi que vous le faites » dit Jésus (Mat. Chap 25)

Depuis toujours le traitement de la question des inégalités est au cœur de notre réflexion de Chrétiens. Déjà, et bien d’autres avant lui, Paul VI le 26 mars 1967 écrivait dans son Encyclique

Populorum Progressio :

« … Il faut se hâter: trop d’hommes souffrent, et la distance s’accroît qui sépare le progrès des uns, et la stagnation, voire la régression des autres…. »

« …Il est certes des situations dont l’injustice crie vers le ciel. Quand les populations entières, dépourvues du nécessaire, vivent dans une dépendance …grande est la tentation de repousser par la violence de telles injures à la dignité humaine. »

C’était… en 1967, ce message raisonne à nos oreilles et  redevient d’une brulante actualité.

L’Eglise, ses pasteurs, ses laïcs, le peuple de Dieu s’efforcent d’être toujours aux avant-postes pour agir et répondre aux besoins des plus démunis. Les Chrétiens connaissent les souffrances, les désespoirs, ils accompagnent les désespérances.

Souvent reprises par d’autres associations dans la société civile, les initiatives de notre Eglise pour soulager le fardeau de ceux qui peinent sont permanentes. La récente crise des migrants a démontré combien l’engagement de Chrétiens pouvait être source d’apaisement et d’actions efficaces!

Depuis les violences de samedi 1er décembre, les évêques de France tiennent à souligner « le rôle et la responsabilité » des catholiques pour « participer à la reconstruction du lien social ».

Si le contexte actuel de la vie de l’Eglise rend sa parole moins audible, elle n’en demeure pas moins nécessaire. Conférences, réunions publiques, colloques… notre expertise du terrain doit être partagé.

L’agir Chrétien…

Oui, ils sont là les Chrétiens, engagés pour tenter de maintenir ce lien social, pour soutenir les plus affaiblis, les amochés de la mondialisation. Par la prière, par la réflexion, mais aussi dans l’action, ils répondent au message du Christ en s’abaissant vers les plus faibles pour les aider à se relever, à se redresser.

Une société qui oublie les plus petits est une société qui coure à sa perte.

Partout où l’Eglise agit, elle soulage, elle réconcilie, elle apaise… En cette période de l’Avent, agissons pour que rayonne le message du Christ, celui de l’Espérance tant attendue, ce message de Paix, de Liberté, d’Amour du prochain et notamment du plus petit. Que notre attention se porte sur celui qui nait dans une crèche et que nous côtoyons chaque jour.

Dans 3 semaines nous célébrerons Noël, fête de la douceur faite chair !

Pour préparer cet avènement, approchons du plus petit, de celui qui vient au cœur de nos vies et les bouleverser, enfilons le gilet de cette belle espérance.

Sylvain Thibon, Diacre Permanent

 

3 oiseaux sur un fil

3 oiseaux sur un fil – 02 décembre 2018

Nous gardons tous un souvenir marquant de notre rentrée paroissiale à Longpont-sur-Orge. Notre pèlerinage a été pour nous l’occasion de confier cette année pastorale à Notre Dame de Bonne-Garde. Nous avons confiance en la protection de la Vierge Marie. Quelle n’a pas été notre joie de découvrir dans la basilique de Longpont, et en bonne place, une superbe statue de Sainte Anne, et face à elle des reliques magnifiquement conservées de notre sainte patronne !

Ce pèlerinage nous a donné de réfléchir sur notre paroisse comme « paroisse missionnaire ». Avant de reprendre le contenu de nos échanges – nous le ferons dans les semaines à venir -, je voudrais vous rappeler quelques objectifs que je vous avais proposés à l’issue de nos discussions.

  • Il convient tout d’abord de redire l’enjeu de la mission. On peut avoir l’impression que le mot revient un peu trop souvent. Mais la mission n’est pas une activité facultative de l’Eglise. Le pape Paul VI disait que l’Eglise existe pour évangéliser (Evangelii nuntiandi). Et un prêtre canadien, le père Mallon, remarquait justement que ce n’est pas tellement l’Église qui a une mission, mais plutôt que c’est la mission de Jésus-Christ qui a une Église !

Notre Pape François demande aux catholiques de se saisir de cet appel missionnaire. Il écrit, dans Evangelii gaudium : «il est nécessaire de passer d’une pastorale de simple conservation à une pastorale missionnaire» (n° 15).

  • Cette exigence missionnaire se pose à l’intérieur des groupes paroissiaux auxquels nous appartenons. Il s’agit de :

– créer une « culture de l’invitation », en invitant des personnes autour de nous à nous rejoindre.

– soigner l’accueil dans les groupes et à la messe le dimanche.

– valoriser la messe dominicale (et plus largement le week-end), en la préparant, en en faisant un point de référence de nos groupes paroissiaux.

– créer une communauté véritable en cultivant des liens à l’intérieur de nos groupes, et au niveau de la paroisse.

– Enfin, avoir à cœur d’annoncer Jésus-Christ dans chacun de nos groupes.

  • Elle se pose aussi pour chacun d’entre nous, personnellement :

– Donner la priorité à la louange de Dieu. Mettons la messe dominicale au centre de notre vie paroissiale.

– Nous ne pouvons pas stagner dans notre vie spirituelle. Nous devons avoir le souci de nous former.

– Nous devons nous demander comment donner et rendre service. Nombre d’entre nous le font déjà, parfois très généreusement, parfois depuis longtemps. Mais tous ont à se poser la question. Tous, sans exception, nous avons quelque chose à offrir. Chacun peut se poser la question : quels sont mes points forts ?

– Enfin, il nous faut chercher à créer des liens avec les autres paroissiens.

  • Pratiquement : la source de la « conversion missionnaire » dont parle le Pape François est de faire l’expérience du Saint Esprit, par la prière, la liturgie, personnellement et dans les groupes paroissiaux.

Il s’agit ensuite de ne pas attendre pour passer aux actes. Mgr Charles disait que dans nos activités apostoliques, il fallait « viser loin et tirer court ». Ayons de grands objectifs, mais agissons, sans attendre ! Voici une histoire qui le fera comprendre. Trois oiseaux sont sur un fil. Un chasseur décide d’en tuer deux. Combien en reste-t-il ? La réponse à cette devinette est évidente, n’est-ce pas ? Il en reste trois, car entre décider une chose et la faire, il y a toujours une différence…

Que Notre Dame de Bonne Garde, et Sainte Anne, nous accompagnent en ce temps d’Avent, pour nous disposer à accueillir le Seigneur qui vient.

Père Henri de l’Eprevier

Roi-Serviteur et Serviteur-Roi

Un Roi-Serviteur et un Serviteur-Roi – 25 novembre 2018

Paradoxale est la Royauté du Christ. Avant la passion, Jésus se défend de toute élévation à la royauté. A titre d’exemple, après la multiplication des pains, Il se défilait quand les juifs voulaient faire de lui leur Roi. Après chaque miracle, il impose le silence pour ne pas être reconnu et fait roi. Et voilà qu’à l’heure de sa passion, il accepte devant Pilate, un païen, le titre de Roi. Mais quel genre de Roi est-Il ? –Un Roi qui va mourir sur une Croix.

« Si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. » L’histoire nous apprend en effet, que les Empires sont détruits par d’autres plus forts. Ephémères, ils ne font que passer. La Royauté du Christ part contre subsistera à jamais. La vérité sur sa Royauté est ailleurs. Référons-nous à la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens 2, 6-11: « Lui (le Christ) qui, existant en forme de Dieu a jugé non prenable d’être égal à Dieu Mais il s’est vidé prenant la forme de l’esclave (du serviteur), devenu en ressemblance d’homme (…) Il s’est abaissé lui-même devenu obéissant jusqu’à la mort et une mort sur la croix. Et c’est pourquoi Dieu l’a sur-exalté (élevé plus haut que tout) et lui a donné gracieusement le nom qui est au-dessus de tout nom. Afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse des célestes, des terrestres et des infra-terrestres, 11et que toute langue confesse que Jésus Christos [est] Seigneur pour la gloire du Dieu Père. » Jésus, obéissant à la volonté du Père, s’est dépouillé de sa divinité pour se faire serviteur. Il a montré la voie vers le Royaume éternel : le premier commandement, l’amour. Par contre, son service n’est pas un service servile. C’est un service dans le sens où on se donne à celui ou à celle qu’on aime : un Roi-Serviteur. Dieu, en retour, a fait de Lui le Roi de l’univers : « et son Règne n’aura pas de fin ». L’Ascension est le moment de l’intronisation du Christ Roi à la droite du Père : un Serviteur-Roi qui a accompli sa mission.

Par le Baptême, les chrétiens, en tant qu’enfants adoptifs de Dieu, sont aussi oints rois. Vu l’état de la société actuelle, ce sont souvent des pauvres rois, des rois en butte aux vices et à la souffrance de ce monde. Dira-t-on : « quelle ironie ! » ? –Non, ce sont des rois promus à la vie éternelle dans « le » Royaume Eternel. Pour y parvenir, il leur suffit de suivre le Christ sur la voie du service pour prendre part à son Règne. Jésus lui-même disait qu’Il est venu pour rendre témoignage à la Vérité. Qu’ils écoutent alors sa voix qui enseigne la Vérité. « Quelle est la Vérité ? ». Elle n’est plus issue d’un raisonnement. C’est une personne qui attend au bout de ce chemin d’amour : un Père.

Jean-Elysée Solofonirina

Pauvre et premier

Pauvres et premiers – 18 novembre 2018

En ce dernier dimanche ordinaire de l’année liturgique s’installe petit à petit dans l’Eglise la journée mondiale des pauvres. Initiative lancée il y a quelques années sous l’impulsion d’associations s’occupant de nos frères sans domicile, invités à un pèlerinage à Rome … 300 personnes se sont retrouvées sur le quai de la gare de Lyon à Paris pour monter dans le train et rejoindre la Ville éternelle ! Le foisonnement de la vie romaine, et une audience avec le Saint Père lancèrent l’idée d’inviter de façon plus universelle, d’où cette idée de journée mondiale ! Cette année elle se vit de façon diocésaine, pour amorcer la rencontre de l’an prochain autour du Pape … Ainsi en ce dernier dimanche nous prenons soin de ceux qui sont considérés comme derniers dans nos sociétés … et voilà que grâce à Jésus Christ nous découvrons et surtout nous témoignons qu’ils deviennent premiers ! En effet ne nous y trompons pas, toutes nos initiatives dans le monde caritatif et au nom de l’évangile, pourraient nous donner l’idée que nous sommes les premiers à servir les «derniers » et comme par miracle, nous découvrons qu’en réalité c’est le Christ qui nous visite à travers cette personne que nous servons. Elle devient première !

C’est un signe que nous vivions ce renversement le dernier dimanche de l’année, montrant ainsi que dans l’ordinaire de nos vies il devient le premier, au service de nos frères.

En ce temps où nous attendons le retour du Christ à la fin du monde, ne nous trompons pas de le reconnaître et de l’attendre au quotidien dans chaque rencontre gratuite, habitée par l’amour, transformant le dernier en premier, « sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte », pas seulement dans le brouhaha d’un retour apocalyptique, mais aussi dans l’imprévu du quotidien, et le déroulement de nos jours. Nous ne sommes pas que des sentinelles guettant la fin du monde, mais aussi des veilleurs pour que chaque jour, en attendant le dernier, soit un temps de rencontres fécond de grâces au nom de l’évangile et devienne premier. Sans oublier que chacun de nous est un pauvre devant Dieu, sauvé par son amour et appelé à le partager ; quelle grâce d’être dans le regard du Christ, tous des premiers sauvés malgré ou à travers nos pauvretés. Soyons alors attentifs à reconnaître les signes des temps et à demeurer vigilants pour les recevoir et les annoncer. En toutes circonstances, à chaque instant et pour chacun de nous, nous pouvons témoigner.

C’est ainsi que se construit pour nous et avec nous, le royaume de Dieu, avec le Christ Roi, parmi nous au milieu des pauvres.

Abbé Guillaume Seguin

Comment accueillir la parole de Dieu ?

Comment accueillir  la Parole de Dieu ? -11 novembre 2018

           Nous entendons, plus précisément nous écoutons à un moment donné cette Parole. Comme elle accomplit ce qu’elle dit, qu’elle est efficace, nous savons qu’elle sera agissante, qu’elle germera en nous au moment favorable. Mais à cet instant, elle rentre simplement en nous pour se loger dans notre esprit.  Ce qui nous ennuie, c’est que nous n’avons pas de prise immédiate sur elle. Elle semble filer entre nos doigts sans se laisser mettre la main dessus, tandis que nous ressemblons à un petit enfant qui préfère tenir son aliment entre ses doigts pour l’étudier plutôt que de l’avaler et le laisser disparaître en lui. C’est pourtant le seul moyen d’être nourri.

             Des jours, des mois ou des années plus tard, nous faisons l’expérience que cette parole entendue a germé, pousse en nous et transforme notre vie : le moment favorable est arrivé, elle se développe dans notre âme et la travaille avec délicatesse, élargissant ainsi l’espace de notre être. C’est au moment où nous remarquons sa présence en nous que nous percevons du même coup combien cette Parole était fragile et vulnérable : elle ne s’est pas imposée à nous, nous pouvions vraiment la repousser, la piétiner à terre comme une graine inutile ou superflue. C’est au moment où nous la reconnaissons nôtre que nous comprenons mieux que le Verbe s’est fait chair, notre chair : la Parole de Dieu est en nous fragile comme toute rencontre, elle se soumet au temps qui nous est nécessaire pour apprivoiser autrui jusqu’au jour où nous réalisons qu’elle s’est incorporée à notre être, comme ceux que nous aimons, sans nous détruire mais en nous dilatant à sa mesure.

            Ainsi, la Parole de Dieu faite chair en nous nous invite à une vraie pudeur, comme dans toute relation humaine. De même que nous ne pouvons pas mettre la main sur les autres, les faire rentrer dans nos cases sous peine de les détruire et de les perdre, de même le Verbe de Dieu exige de nous la même crainte de le réduire à nos vues toutes faites, le même tremblement devant la beauté de ce que nous aimons. Nous sommes appelés à laisser Dieu nous rencontrer dans nos profondeurs sans vouloir maîtriser cette rencontre : le plus précieux est ce que nous recevons comme un don inattendu.

            Bien sûr, ce mode d’action de la Parole divine est à contre courant d’un monde ou tout doit être saisi d’un seul coup, d’un seul regard, dans une immédiateté qui engloutit ce qu’elle saisit mais empêche de pouvoir rentrer dans l’épaisseur de ce qu’elle contient. Face à cette hâte stérile, demandons à Dieu de nous apprendre la patience du semeur. Acceptons donc de nous mettre à l’écoute de cette Parole et de la contempler quotidiennement pour qu’elle germe un jour en nous sans que nous en ayons choisi « ni le jour ni l’heure. » Amen.

   Abbé Henri Beaussant

 

Le premier des commandements : la loi de l’amour

Le premier des commandements : la loi de l’amour – 04 novembre 2018

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force »

Une injonction que nous devons traduire dans nos actes, mais comment faire au quotidien, comment répondre en permanence à ce premier commandement?

Tout Chrétien est confronté à cette question dans sa relation aux autres, à Dieu ou à soi-même. C’est même parfois un dilemme lorsque nous croisons des inconnus, lorsque la question des migrants vient nous bousculer, lorsque le prochain nous dérange.

C’est pourtant seulement en empruntant ce chemin de l’amour inconditionnel que nous réaliserons la volonté de Dieu incarnée en son fils Jésus Christ.

Il n’y a pas d’autre solution, pas d’échappatoire possible, pas d’excuse pour refuser cette demande car elle est à la source et dans la continuité du message biblique. Nous en trouvons trace dans le premier testament au livre du Lévitique ou comme nous l’avons entendu dans la première lecture au livre du Deutéronome lorsque Moïse s’adresse au peuple d’Israël

Lorsqu’il accompagne son peuple, le guide dans le désert pour le faire sortir d’Egypte, il se comporte bien en un Dieu d’amour, un Dieu compatissant aux malheurs de tous.

Plus près de nous, lorsque Jésus Christ se livre sur la Croix, il fait aussi don d’amour de sa personne  pour que nous soyons délivrés, libérés, pour que nous puissions agir envers les autres avec respect, en fraternité accueillante parce que nous sommes devenus dépositaires, par notre baptême,  de l’amour de Dieu pour tous les humains.

Jésus vient sur terre pour vivre en lui deux amours inséparables : celui de Dieu et celui de tous sans exception. Et il vient nous rendre capables de cet amour en nous donnant son Esprit.

Qu’est ce qu’un acte d’amour?

De son origine latine, fraternité, nous comprenons que l’autre est aussi un frère aimé de Dieu. Commencer par se le rappeler peut nous aider à nous mettre en disposition d’écoute et d’accueil. C’est ensuite dépasser nos aprioris, nos jugements définitifs sur l’autre « Qui suis-je pour te juger…? »

Dans la difficulté, le doute, mettons-nous face à Dieu par la prière, consultons aussi notre Bible pour trouver le chemin de l’apaisement dans la lecture éclairante de ce texte fondateur. Et n’ayons pas peur d’exprimer notre joie de l’amour car nous savons que cette joie est contagieuse.

En ces temps complexes, rappelons-nous les magnifiques exemples que des Chrétiens nous ont légués depuis les premiers temps, ou comme celles et ceux qui agissent aujourd’hui au quotidien pour soulager les souffrances de nos frères et sœurs dans la rue, à l’hôpital, auprès des personnes déplacées…

Parce que nous sommes Chrétiens, nous savons que le salut du monde passe par cet acte inconditionnel, par le respect de ce premier commandement car Jésus nous ramène toujours à l’essentiel : la nécessité de l’amour de l’autre en regardant chacun avec le regard que Dieu porte sur nous.

La Parole de Dieu est claire et limpide : la haine, le racisme, le rejet n’ont pas de place dans le Corps de Christ. Dieu est amour et il veut que nous, chrétiens, soyons porteurs de ce message qui fait la différence.

Nous sommes créés pour aimer !

Sylvain Thibon – Diacre permanent

Nos corps appelés à ressusciter

Nos corps appelés à ressusciter – 21 octobre 2018

La fête de la Toussaint, le 1er novembre, est une fête lumineuse, joyeuse, pleine d’espérance. L’Eglise se réjouit de savoir tant de ses enfants auprès de Dieu. Les 8 béatitudes que nous entendons ce jour nous rappellent que malgré les souffrances du temps présent, la promesse de la vie éternelle reste plus forte, et ne demande que l’adhésion de notre foi.

La journée de prière pour les fidèles défunts, le 2 novembre, est elle aussi une journée pleine d’espérance, parce que si nous n’ignorons pas la douleur de la mort, nous savons que Dieu offre un au-delà de la mort. Il nous appelle tous à la vie éternelle. Nous pensons à nos défunts, en mêlant dans notre prière douleur et espérance.

C’est en raison de cette espérance que nous honorons pendant la célébration des obsèques le corps du défunt. Il a été le temple de l’Esprit Saint, et il est appelé à ressusciter. On lui marque un grand respect, on le bénit et on l’encense.

Contrairement à ce que l’on pense souvent, le christianisme n’est pas une pure spiritualité, voulant nous donner des leçons sur la vanité de ce monde qui passe. Les philosophes et les poètes l’ont très bien fait, sans pour autant être chrétiens. Le christianisme est une religion de l’Incarnation. Le Fils de Dieu a pris notre chair. Pour nous, il a connu la mort afin de nous libérer de la mort et nous conduire à la Vie. Après sa crucifixion, son corps a été recueilli avec soin, puis déposé dans un tombeau. Quand il est ressuscité, il a montré la marque des clous et de la lance pour signifier qu’il était pas un pur esprit.

Par le baptême, Jésus nous fait participer à sa résurrection. Quand on baptise quelqu’un, on ne verse pas l’eau sur une « âme », mais sur le front — sur le corps d’une personne.

La célébration liturgique des obsèques exprime la foi en la résurrection et la dignité reconnue au corps de chaque personne humaine. Elle reprend la liturgie du baptême : lectures évoquant la vie nouvelle du Christ ressuscité, cierge pascal allumé, emploi de l’eau baptismale. En accompagnant le corps dans l’église, et si on le peut jusqu’au cimetière, on prend le temps du deuil, dans la douleur et dans l’espérance.

Sans interdire l’incinération, l’Eglise ne la recommande vraiment pas. Faire disparaître le corps en le réduisant en cendres nous semble plus propre, plus discret. Mais intervenir sur le corps d’un défunt n’est pas un acte neutre. Le faire disparaître dans le feu ne respecte pas ce qu’il demeure, même dans la mort : le corps de quelqu’un, et non un objet. Et cela ne facilite aucunement le travail de deuil de ceux qui restent.

Il y a bien sûr dans l’épreuve de la mort quelque chose d’intime, qui appartient aux familles ou aux proches. Et chacun est renvoyé à sa propre existence. Mais nous ne sommes pas solitaires, séparés les uns des autres. C’est toute l’Eglise qui souffre et qui espère. Elle intercède pour ceux qui nous ont quittés ; elle prie avec et pour ceux qui sont éprouvés par la perte d’un proche, elle est là aussi pour les accompagner. Par la liturgie et par l’accompagnement pastoral, elle apporte consolation et espérance.

Que cette journée de prière pour les fidèles défunts affermisse en nous cette espérance.

Père Henri de l’Eprevier

Tout perdre

Tout perdre pour gagner la vie éternelle ? – 14 octobre 2018

Le dialogue entre le jeune homme riche et Jésus (Mc 10, 17-30) est problématique quant à la vie du chrétien au quotidien : faut-il être pauvre pour suivre Jésus et avoir la vie éternelle ? En effet, à quoi servirait une religion sinon à assurer le bonheur sur la terre (richesse, prospérité, santé, etc.) et une vie de bonheur éternel après la mort. Autrement, elle ne serait qu’un poids de plus dans cette vie qui est déjà si dure.

Ce jeune homme voulait attirer la faveur de Jésus par ses gestes et par sa parole : il accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus lui montrait la voie. « Personne n’est bon, sinon Dieu seul », dit-Il. Pourtant, dans les commandements comme voie qu’Il a indiquée, Il ne mentionne que ceux concernant le prochain, pas un seul concernant Dieu. Est-ce dire qu’il suffit d’aimer le prochain et non Dieu en Lui-même ? Si c’est le cas, pour avoir la vie éternelle, il suffit d’être un humanitaire. D’ailleurs, Jésus aima le jeune homme parce qu’il est sur la bonne voie en  observant ces commandements. Cependant, une seule chose le retenait : la richesse. Le fait est que chaque homme et même l’Eglise ont besoin d’argent (cf. l’appel au denier), donc de la richesse, pour s’épanouir. Alors qu’ici, il semble qu’il faut tout vendre et tout perdre pour suivre Jésus : « va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. ». Dans ces paroles, toutefois, Jésus n’envoie pas le jeune homme grossir le nombre des pauvres.

La richesse est un cadeau de Dieu. Seulement, c’est un cadeau qui ne devrait pas nous posséder. Pour entrer dans la Vie, il faut savoir s’alléger du fardeau de ce monde : la suffisance à soi-même et l’attachement à ce cadeau. Que ce cadeau ne ferme pas les portes de notre cœur aux autres. Pour cela, il faut une liberté de cœur qui permettrait de se mettre à la place de celui qui n’a pas eu la même chance ou la même bénédiction que nous. Telle est la compassion ou l’amour qui nous inciterait au partage. Tel est suivre Jésus.

Ainsi, observer les commandements c’est le début de la voie vers la Vie éternelle. Y mettre du cœur conduit à bon port. Ce qui fait qu’aimer Dieu comme notre seul Dieu et faire sa volonté qui est d’aimer le prochain de tout notre être sont en définitive la voie vers la vie éternelle. N’est-ce pas dire que la voie vers la vie éternelle c’est l’amour du prochain par amour pour Dieu ? En ce sens, la richesse n’est plus une embûche mais une aubaine si on ose partager. Avec Dieu, ce qui est donné n’est pas perdu. Il sait nous combler au centuple sur cette terre et nous donner la Vie éternelle en héritage, « car tout est possible à Dieu. »

Jean-Elysée Solofonirina

Lien

Lien – 7 octobre 2018

Y a t-il un lien dans l’évangile de ce dimanche, entre l’indissolubilité dont parle Jésus aux adultes qui l’interrogent et les enfants qu’il accueille ?

Comment comprendre que désormais la dureté de cœur des hommes est telle que le Christ peut se permettre de rétablir le plan de son Père à la création ?

Et les enfants, Jésus les embrassait, les bénissait en leur imposant les mains … il ne leur veut que du bien.

L’actualité aurait-elle quelque chose à voir avec ses récits d’il y a 2000 ans ?

En effet l’Église a la garde de ses paroles qu’elle doit transmettre, expliquer, enseigner et vivre. Ainsi manifestement le Christ fait un lien entre l’exigence du mariage selon le cœur de Dieu, et le bien de l’enfant capable, mieux que quiconque, de recevoir le royaume de Dieu.

On ne peut écarter sans réfléchir, ou seulement parce que ce serait l’affaire des grandes personnes, la question du bien de l’enfant. Très souvent la vérité sort de leur bouche … ne réclament-ils pas naturellement avec naïveté et insistance que si leurs parents les aiment (vraiment) ils devraient être unis ?

Cette indissolubilité dont parle le Christ et qui vient de la volonté de son Père, n’est pas une obligation mais une solution. Voilà le lien qui connaît une solidité incontestable, et dont les bénéficiaires seront entre autres les enfants … Il nous faut, nous chrétiens, réaliser à quel point nous avons de la chance de connaître cette exigence, et si possible d’en témoigner. La lumière nous viendra quand notre cœur de pierre aura perdu sa dureté, en devenant un cœur de chair dans le souffle de l’Esprit. Alors nous connaîtrons ce qui fait notre dignité et notre émerveillement : nous sommes enfants de Dieu, et naturellement nous comprenons que le Christ est indissolublement lié à l’Église, dans la communion à laquelle nous participons.

Au fond tout est lié, et le lien vient seulement nous le rappeler, en nous donnant de le vivre avec solidité, courage et espérance. Le Christ époux est uni à l’Église épouse, et offre à son Père de nombreux enfants, liés entre eux grâce à Lui.

Le mariage en est l’image, l’icône ! Ne perdons pas ce lien qui éclaire la vie et la vocation des hommes, pour le bien des enfants, petits et grands.

Abbé Guillaume Seguin