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Agneau

Agneau – 19 janvier 2020

Tandis que nous sommes encore sous le charme des moutons de la crèche, blancs et noirs, jalousement gardés par nos bergers, gâtés de la première annonce, nous basculons en quelques jours au bord du Jourdain, avec un Sauveur de 30 ans, désigné comme l’Agneau de Dieu ! Nous savons qu’il y a un lien entre la paille de la crèche et le bois de la croix ; entre l’enfant Dieu déposé dans la mangeoire, et l’Agneau de Dieu sacrifié et consommé !

Jean Baptiste le désigne sans détour, comme étant l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, et nous le répétons trois fois dans l’antienne de la messe avant la communion, en nous frappant la poitrine, afin de bien nous rappeler que le péché du monde, c’est le mien. Suit alors la fraction du pain, où le prêtre dans son rôle sacerdotal manifeste l’immolation de l’Agneau en le brisant, manière de rappeler que c’est Jésus lui-même qui a été broyé à cause de nos péchés (Is 53, 5). Cet Agneau tout doux a été lesté de nos péchés et englouti dans les eaux de son baptême, pour accomplir les paroles de l’Ecriture, et ressurgir à la vie du côté de la terre promise. Tu triomphes de nos péchés, tu jettes toutes nos fautes au fond de la mer (Mi 7, 19).

Il a beau être désigné par Jean Baptiste, annoncé par les prophètes et attendu par le peuple élu, seule une petite portion le reconnaitra, jusqu’à cette moitié de l’humanité au Golgotha dans l’acte de foi du larron, désigné depuis comme bon ! Bien que n’ayant fait aucun mal, il assume tout le mal, et le prend sur lui dans ce sacrifice pascal, du passage de la mort à la vie, en étant l’Agneau immolé. Se manifeste alors le Père en désignant son Fils unique bien aimé en qui il a mis tout son amour, et la présence de cette candide colombe, qui vient demeurer sur lui !

Désormais nous le savons, sortant du mystère de Noël, en ayant contemplé la folie de l’Incarnation, d’un Dieu bébé venu nous sauver, et transformant sa venue en Rédemption, nous devons témoigner de la force de sa résurrection dans nos vies et dans l’élan de l’Esprit, abondamment donné à ceux qui viennent le réclamer.

Sans troubler ce tableau merveilleux de l’Agneau et de la colombe, n’oublions pas que le loup continue de rôder, et que malheureusement nous en sommes trop souvent complices. Osons désigner le péché, le combattre et témoigner de la beauté de la vie fasse à la laideur du mensonge et de la mort. Tout homme est sauvé par Jésus, quel que soit son âge, son poids, sa couleur, sa qualité… C’est pour chacun de nous, et d’eux que Jésus s’est fait Agneau immolé ! Étonnant de constater à quel point encore aujourd’hui, nous devons en témoigner et le manifester, « tandis que nous nous engageons toujours plus avant vers une dérive mercantile de pays nantis qui se payent le luxe d’organiser un trafic eugéniste avec l’élimination systématique des plus fragiles, la création d’embryons transgéniques et de chimères » (communiqué de Mgr Aupetit du 15/01/20, sur les lois de bioéthique).

Le voyez-vous l’Agneau qui demande que nous soyons ses témoins au milieu des loups, avec la force et la douceur de la colombe ?

Abbé Guillaume Seguin

Dans cette nuit où je crie en ta présence

« Dans cette nuit où je crie en ta présence » (Ps 87) – 12 janvier 2020

Adieu Antoine

Quand la mort surgit, elle nous blesse profondément. Nous ne pouvons pas éviter la flèche qui nous atteint en plein cœur.

 Antoine Coppée, 26 ans, qui a servi dans la paroisse à travers la messe du dimanche soir et le chœur Saint Login, est mort mardi matin dans un accident de la route. Antoine nous quitte subitement et mystérieusement. Cet arrachement provoque en nous une douleur qui crie. Inconsolables, nous contemplons toutes ces possibilités d’instants, de projets, d’amitiés avec lui qui nous sont enlevées. Or, il n’y a aucune explication à donner, ni de sens. Seule la douleur nous habite. La mort nous atteint réellement et nous la sentons au fond de notre être. Ici se révèle la lutte que nous menons contre l’absurdité de la souffrance.

 Dans cette obscurité qui peut nous faire perdre pied, nous essayons, au pied de la croix, de nous attacher au Christ : il a pris sur lui ce qui nous tue afin de nous empêcher de mourir. Notre foi ne nous empêche pas de ressentir cette douleur et nous sommes déchirés par la souffrance. Mais si notre Dieu est le « Dieu des vivants », cela ne signifie pas qu’il nous empêche de connaître la mort mais qu’il viendra mettre sa puissance de vie en nous dans cette mort qui nous atteint réellement aujourd’hui. C’est en affrontant face à face cette absurdité de la mort avec le Christ que nous permettrons à Dieu de faire jaillir dans notre douleur une vie nouvelle. Le Christ n’a pas effacé notre souffrance, il l’a vaincue en nous permettant de la traverser, comme lui est passé par la mort pour entrer dans la résurrection.

            Cher Antoine, nous prions pour toi. Intercède pour nous.

                                                                                                                                         Abbé Henri Beaussant +

Une année de grâce

Une année de grâce – 5 janvier 2020

« Nous avons reçu grâce après grâce ». Cette affirmation de Saint Jean, que nous avons entendue dans la liturgie du temps de Noël, jette une belle lumière sur toute l’année passée. Elle nous conduit aussi à aborder l’année 2020 avec confiance et espérance.

Ces grâces, nous les recevons personnellement, au travers des joies de notre existence et malgré les souffrances ou les difficultés rencontrées. Nous les recevons aussi tous ensemble dans notre paroisse. Le grand pèlerinage de l’Ascension à Sainte-Anne d’Auray sera un moment privilégié de la vie de notre communauté. Entre l’abbaye Sainte-Anne de Kergonan, le sanctuaire de Sainte-Anne d’Auray et le calvaire de Pontchâteau, nous vivrons ensemble un temps de prière et de vie fraternelle. Nous confierons à notre sainte patronne notre avenir, et particulièrement les importants travaux à venir dans notre église.

Les travaux définitifs commenceront en 2021 (pas avant le printemps). Nous aurons le temps de nous y préparer et de nous organiser au mieux pour que l’impact soit le moins lourd possible pour notre communauté.

Cette année nous fera vivre également au rythme du Diocèse l’Année Sainte Geneviève. Lors de l’ouverture diocésaine de l’année le samedi 11 janvier, un cierge sera confié à chaque paroisse parisienne ; nous l’accueillerons dans notre église le lendemain à la messe de 10h30, à l’occasion de la visite de Mgr Jachiet. Le soir du samedi 25 janvier, comme toutes les paroisses parisiennes, nous ouvrirons les portes de l’église pour tous les habitants du quartier. Et du 13 au 15 mars, nous accueillerons les reliques de Sainte Geneviève dans notre église.

Les grands rendez-vous de l’année sont bien sûr aussi ceux de la liturgie. Nous accompagnons de notre prière les catéchumènes, enfants et adultes, qui seront baptisés à la vigile pascale pour les adultes, et en mai pour les enfants.

« Nous avons reçu grâce après grâce » : tout don reçu de Dieu nous pousse à donner à notre tour. Le Conseil pastoral a tiré les fruits de la réflexion engagée il y a plusieurs années sur la « conversion missionnaire » que nous avons à vivre. Il en ressort que la mission et l’évangélisation ne sont pas des activités réservées à quelques groupes paroissiaux, mais que chaque groupe doit avoir toujours devant les yeux cet horizon missionnaire. Comment accueillir ceux qui sont au seuil de notre communauté et qui ne demandent qu’à être accueillis ? Comment aller au-devant des habitants de notre quartier ? Comment permettre à chacun de découvrir l’Evangile et de rencontrer le Christ personnellement ?

Soyons certains que la grâce ne nous manquera pas dans notre mission. « L’Esprit du Seigneur est sur moi, déclare Jésus, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, (…), annoncer une année de grâce de la part du Seigneur ».

Avec tous les prêtres de la paroisse, je vous souhaite une très heureuse et sainte année 2020. Je vous souhaite beaucoup de joie dans le Seigneur. Que Sainte Anne nous aide à accueillir avec foi les nombreuses grâces que Dieu nous réserve.

Père Henri de l’Eprevier

DIEU AVEC NOUS

DIEU-AVEC-NOUS – 22 décembre 2019

« La Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel,
qui se traduit : ‘’Dieu-avec-nous’’ ». Voici la Bonne Nouvelle de ce dimanche, le dernier de l’Avent. De quoi nous réjouir et nous apaiser : « Dieu avec nous ». Rien n’est plus rassurant que cette proximité effective de Dieu. Il est là, avec nous, à nos côtés, il nous rejoint et fait route avec nous. Les disciples d’Emmaüs en ont fait l’expérience. Ecoute ces belles paroles : « Reste avec nous Seigneur car le soir vient et la nuit approche ». Il entra et resta avec eux. Or, quand ils furent à table avec eux, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent… Et ils se disaient l’un à l’autre : ‘’notre cœur était si brûlant tandis qu’il nous parlait en chemin’’ » (Lc 24,13-35).

Dans cette annonce, nous retrouvons le vrai sens de Noël. Il ne s’agit pas de courir après toujours plus de consommation mais d’accueillir Dieu qui vient chez nous, qui passe devant les portes de nos cœurs et veut faire route avec nous. Quand il fit semblant de s’en aller, les deux compagnons lui dirent « reste avec nous ». Ce que Dieu attend de nous, ce sont les signes de notre disponibilité à le recevoir, à partager notre table avec lui, c’est-à-dire nos inquiétudes, nos souffrances, nos craintes et aussi nos joies et nos espoirs ? Il vient nous sauver. Ainsi, donnerait-il un sens nouveau à notre vie. Le salut, c’est que notre vie trouve un sens nouveau ; elle se renouvelle dans l’amour pour laquelle Dieu aime le Monde et nous aime tous. Dieu, qui vient au quotidien de notre histoire,  ne demande qu’une chose aux hommes : nous ajuster nous-mêmes à ce projet souvent déconcertant mais bienveillant, l’accueillir et lui donner un amour renouvelé, une foi plus forte.

L’« Avec-nous » traduit une dimension fondamentale du salut en Jésus-Christ. Par lui, Dieu vient assumer sa relation à l’Homme en sauvant « ce qui était perdu », c’est-à-dire lien brisé par le péché. En son Fils Jésus-Christ, Il assume notre humanité et nous unit à sa propre divinité. Personne ne peut empêcher Dieu de vouloir nous sauver, nous faire part de sa divinité, de restaurer notre dignité de Fils, d’être comme dit saint Paul « héritiers et cohéritiers du Christ », c’est-à-dire de nous donner d’avoir part à son héritage, à la gloire céleste et à la vie éternelle. La proximité de Noël nous rappelle que notre foi est une attente : nous attendons la venue de Celui qui unifiera en lui Dieu et l’homme. L’Avent est le signe de cette attente dans l’espérance qui nous met en route vers Celui qui ne cesse de venir à nous et nous invite à Lui. Rien n’est plus merveilleux que d’ouvrir sa vie à Dieu, à l’instar de la jeune Vierge de Nazareth.

Père Blaise Mankana

 

Marchons vers Noël

Marchons vers Noël avec confiance et détermination ! – 15 décembre 2019

Dans cette période troublée, alors qu’autour de nous, dans notre société et même dans l’Eglise, tout apparaît fragile, comment retrouver le chemin de Dieu pour parvenir jusqu’à la Crèche et contempler le plus petit, le plus faible, le plus fragile dans la sérénité, avec espérance et foi ?

La quête de sens se fait aujourd’hui plus pressante lorsque dans nos entreprises, dans nos familles, dans nos associations et même parfois en nous-même s’insinue le doute, lorsque tout s’embrouille et met à mal notre volonté d’agir en Chrétien éclairé.

Alors, quoi de plus ressourçant que l’Ecriture ?

Les textes de ce 3eme dimanche de l’Avent sont si riches qu’il est intéressant de les relire avec attention, comme cet extrait de la première lecture tirée du Livre d’Isaïe.

Isaïe 35 1-10

« Dites aux gens qui s’affolent : Soyez forts, ne craignez pas, voici votre Dieu… »

Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds.

Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie.

Il faut nous replacer ce texte dans le contexte historique. Lorsqu’Isaïe l’écrit, il fête le retour d’exil de Babylone. Il évoque le désert qu’ils devront traverser. Ils ont rêvé le retour sans trop y croire et voilà que le prophète leur annonce que cela va se produire !  Lorsqu’ils atteindront Jérusalem, les douleurs et les plaintes s’enfuiront… !

Comment traverser notre désert ?

Les possibilités sont multiples, mais il est un chemin qui peut nous y aider, un chemin porteur de sens, un chemin de bonté et d’attentions, c’est celui qui nous rapproche des plus faibles, celui du 3eme pilier de notre Eglise, c’est le chemin de la charité !

Les chrétiens n’ont pas le monopole du cœur. Il est heureux qu’il y ait de nombreux hommes de bonne volonté qui donnent d’eux-mêmes au service de leurs frères.

En revanche, pour un chrétien, la charité n’est pas une matière à option. Celui qui aime Dieu doit aimer son frère. Celui qui veut servir Dieu doit aussi servir son frère. En effet, le chrétien est celui qui cherche à imiter le Christ, Il est un modèle de charité.

La charité doit toujours être attentive, inventive et même excessive.

Nous avons vécu, il y a un mois un de ces moments de charité très puissant. Nous étions alors avec 10 hébergés de La Mie de Pain et 1700 pauvres du monde réunis dans le cadre des « Journées Mondiales des Pauvres » à Lourdes, 4 journées de partages, d’attentions, et beaucoup d’émotions.

A voir ces corps et ces cœurs redressés, relevés  dans ce lieu si particulier de Lourdes, c’est comme vivre Noël avec un peu d’avance, c’est voir, sentir le Christ à l’œuvre. Nous avons vu des yeux se dessiller, des oreilles s’ouvrir, des bouches jusqu’alors muettes, parler et chanter …

Dans ce lieu comme des actions ancrées dans l’évangile car  nous savons que l’évangile est une force de renouvellement extrêmement moderne pour le monde d’aujourd’hui !

Sur ce chemin qui nous mène vers Noël, prenons le temps de nous préparer à accueillir Celui qui s’est fait homme dans la rencontre avec l’autre. Faisons place intérieurement à la rencontre avec le tout Autre, qui se présente à nous dans le dépouillement le plus total, nous invitant à ouvrir notre cœur à sa tendresse.

Et profitons aussi de cette période pour relire l’année passée, avec un regard renouvelé à l’aube de celle qui se présente.

Reportage JMP Lourdes 2019

https://www.youtube.com/watch?v=HmRSWa31OT0

 Sylvain Thibon, Diacre Permanent

Sauterelles et vipères

Sauterelles et vipères ! – 8 décembre2019

Le bestiaire de l’évangile est habituellement assez léger, mais aujourd’hui nous sommes gâtés, par les lectures : ces animaux vont – ils trouver leur place dans votre crèche ? Peu attrayants, soit animaux bondissants, soit rampants ! Cependant leur mention n’est pas faite que pour illustrer le récit ; ils ont une signification théologique et spirituelle. Les sauterelles évoquent bien entendu la 8ème plaie d’Egypte, fléau dévastateur qui annonce la famine. Sommes-nous alors encore concernés, dans notre société de consommation, est-ce envisageable ? Surtout au moment de Noël, où les conventions sociales imposent de dépenser, en black ou white, avec soldes ou promotions, foie gras et cadeaux, tant d’occasions de nous perdre en oubliant l’essentiel. Le prophète est alors nécessaire, pour annoncer le Messie, celui qui vient au Nom du Seigneur  préparez vos cœurs pour l’accueillir et changer vos vies. Il transformera l’amertume en douceur, la captivité en liberté, le mensonge en vérité, les ténèbres en lumière sauf si le serpent réussit à vous faire douter en sifflant à vos oreilles : à quoi bon ? Et qu’en un clic, vous retombiez comme tout le monde, et viviez comme lui. Or nous avons ce qu’il faut pour réagir et si possible laisser Dieu nous convertir. La vie deviendra alors savoureuse, comme le miel qui ruisselle en Terre promise c’est promis ! Oserions-nous douter, et nous laisser convaincre par un serpent rampant, mangeant la poussière, et qui prétendrait nous guider, faisant mine de nous vouloir du bien mais ouvrons les yeux ! STOP. Cessons d’errer, et de ramper, de louvoyer, et de nous fourvoyer, de jouer et de tricher : réagissons à la hauteur de la Bonne Nouvelle annoncée : le Sauveur va venir, et Jean Baptiste le désignera comme l’époux qui vient à nous, pour s’unir à nous, comme l’époux accueille l’épouse qui le transforme. Il y a une certaine urgence devant cette annonce, même si année après année, siècle après siècle, nous pourrions penser à tort, que les choses se renouvellent en permanence. Ne laissons pas passer le temps, sans en profiter pour le remplir et nous convertir. La cognée est posée à la racine des arbres, et le jugement pourrait tomber. Or nous n’y croyons qu’à moitié, en répétant comme un refrain anodin : vous ne connaissez ni le jour ni l’heure. Et alors ?

Loup, agneau, léopard, chevreau, vache et ourse, bœuf et cobra, un vrai zoo concerné lui-même par le renouveau de la présence de l’Esprit qui reposera sur le rejeton. Dieu renverse toute chose, en remettant tout en ordre, à la mesure de notre engagement selon notre liberté : se convertir ! C’est-à-dire se laisser toucher par la présence de Dieu, et accepter d’être changé en bien, en mieux, en vrai.

Le modèle que nous avons et que nous vénérons, est la Vierge Marie, dont nous célèbrerons demain la qualité d’Immaculée. Marie a su accepter cette sainteté que Dieu lui offre, et en réponse lui dit humblement mais fermement : OUI à l’accomplissement de sa volonté, initiant le renversement en cour d’accomplissement : nous en sommes les témoins et les bénéficiaires, ne perdons pas le cadeau, ni de temps ! Offrons-le au monde.

Abbé Guillaume Seguin

Le Christ vient

Le Christ vient – 1er décembre 2019

Les textes liturgiques de ces dernières semaines sont rudes.

Tout ce que nous connaissons semble s’écrouler sous nos pieds : nos lieux de vie, les relations humaines, nos liens de sang. Tout semble noir sans interstices de lumière mais, malgré ce sombre tableau, le Seigneur nous appelle à persévérer dans la foi par la veille. Le Christ nous redit qu’en toute chose et particulièrement dans les épreuves, c’est l’orientation de notre regard intérieur qui importe. Croirons-nous lorsque ces évènements arriveront, et à échelle réduite au jour de notre mort, que le Christ est éternel, qu’il a vaincu la mort et que rien ne nous séparera de son amour ?

Le Christ nous met en garde car il connaît la violence de ce chaos et la difficulté devant laquelle nous mettra cette tempête de croire que la promesse que Dieu nous a faite est sans repentance. C’est un acte de foi que le Seigneur nous demandera car tout nous indiquera le contraire. Tout nous poussera à basculer dans le désespoir. Tout criera que Dieu n’existe pas et rien de concret ne nous permettra de croire que l’on peut s’en sortir tout seul. Nous touchons déjà cette réalité lorsque nous voyons descendre dans la mort un être que nous avons aimé.

La foi dans le retour du Christ est une certitude que « le monde s’accomplira du fait de l’invincibilité de l’amour qui a vaincu dans le Christ ressuscité ». La foi, contrairement aux apparences puisqu’elle semble fragile et est invisible à nos yeux, est l’arme la plus puissante que le Seigneur nous donne.  C’est cette foi à laquelle Abraham s’est encordée pour « croire contre toute espérance » ; c’est cette foi à laquelle Marie s’est accrochée pour espérer dans les promesses de Dieu qui lui disait qu’elle serait la mère du sauveur du monde. C’est par la foi que nous sommes sauvés, c’est par elle que nous pouvons triompher du désespoir et de la terreur qui tentent de ronger notre lien intime avec Dieu afin de nous faire définitivement basculer dans le vide. Rien, nous dit le Christ, ne peut nous atteindre définitivement si nous nous accrochons à sa Parole, si nous mettons notre confiance dans sa personne par la foi. Le Christ et ceux qui croient en son nom sont éternels là ou tout ce qui appartient au prince de ce monde périra de ne pas être divin.

Toutes les choses que nous aurons accepté de lui offrir en les plongeant dans sa mort et sa résurrection : notre vie, nos liens sur cette terre, nos amours, tout ce que nous aurons laissé animer par Dieu dans notre monde, traversera le chaos pour recevoir la vie éternelle avec Dieu.

Le Christ nous redit que la foi que nous plaçons en lui est puissante : par elle, nous entrerons dans l’éternité. Demandons ce soir la grâce de la persévérance, afin que, remplis de foi, rien ne nous effraie, car « tout passe mais Dieu ne change pas ».

Abbé Henri Beaussant +

Le Christ, roi crucifié et glorieux

Le Christ, roi crucifié et glorieux – 24 novembre 2019

Un jour, nous rapporte l’évangéliste Saint Jean, Jésus multiplia les pains et nourrit une foule très nombreuse. Enthousiasmée, la foule décida de le faire roi; apprenant cela, il s’enfuit aussitôt, dans la montagne. Il n’accepta le titre de roi qu’au moment où aucune équivoque ne pouvait intervenir : « donc, tu es roi ? », demanda Pilate à Jésus, « Tu le dis », lui répondit-il, en ajoutant : « mon Royaume n’est pas de ce monde ». Et sur la croix, Pilate fit apposer l’écriteau : « Jésus de Nazareth, le roi des Juifs ». C’est sur la croix que Jésus a manifesté sa royauté.

Dire de Jésus qu’il est roi, ce n’est pas lui reconnaître un pouvoir sur le modèle des royautés humaines. Jésus remarque très justement : « les rois de ce monde font sentir leur pouvoir ». Il n’y a d’ailleurs pas que les rois de ce monde qui aiment faire « sentir leur pouvoir ». Pour Jésus, la royauté est tout l’inverse de cela. Sa royauté est un dépouillement de lui-même, une remise de toute sa personne au Père, dans la vérité et dans l’amour. Sa royauté est un service : il règne parce qu’il est serviteur, c’est même le nom qui lui est donné dans les évangiles : il est « le Serviteur ». Il accomplit la volonté du Père qui est de nous sauver de la mort, et de nous mener au Ciel. « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis » dit-il au bon larron.

Dire de Jésus qu’il est roi, c’est lui permettre de régner – c’est à dire d’avoir une influence concrète – dans le monde, dans l’histoire, dans notre vie.

– Dans le monde : en reconnaissant la royauté du Christ, nous refusons d’idolâtrer quelque pouvoir que ce soit. N’oublions pas que la fête du Christ Roi de l’Univers a été instituée par le Pape Pie XI en 1925, à un moment où se mettaient en place des régimes politiques totalitaires, qui prétendaient qu’aucune loi ne pouvait prévaloir sur leurs propres lois. Or, selon le principe énoncé par Jésus : « rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », si l’homme doit rendre compte à l’autorité publique de ce qui concerne sa vie sociale, et doit obéir aux lois légitimes de la nation dont il est citoyen, il n’a à rendre compte de sa vie et de sa conscience que devant Dieu. Il garde toujours une liberté sur laquelle aucun pouvoir ne doit chercher à avoir de prise.

– Dans l’histoire, parce que c’est au Christ qu’appartient la destinée ultime de l’humanité. Selon les paroles de Saint Paul, le Christ, ayant vaincu la mort, viendra à la fin des temps – c’est ce que l’on appelle la Parousie – et remettra le monde au Père. Par la résurrection des morts, il inaugurera « un règne sans limite et sans fin: règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix » (Préface de la messe du Christ Roi).

– Dans notre vie, parce que le règne du Christ ne viendra que si nous le laissons guider nos vies et avoir une influence concrète dans nos pensées, dans nos choix, dans notre vie de chaque jour. Ce n’est rien d’autre que la vocation à la sainteté, enracinée dans notre baptême. C’est en passant par les cœurs de ses disciples que le règne du Christ gagnera le monde.

Père Henri de l’Eprevier

LA GUERRE : LE VISAGE DU PECHE

LA GUERRE : LE VISAGE DU PECHE– 17 novembre 2019

L’Évangile de ce 33ème dimanche parle de catastrophes : il y aura la ruine de Jérusalem, des guerres, des famines, des persécutions, etc. Ces événements ne sont-ils pas d’actualité ? Des grandes violences, des scènes d’horreur, des morts cruelles et des souffrances de toutes sortes, loin d’une simple représentation, les guerres sont plutôt une réalité et font partie de l’expérience de l’histoire mondiale. Une triste histoire humaine. Rien d’apocalyptique, l’homme lui-même s’éloigne de Dieu et inflige volontairement à des humains des souffrances incommensurables. Les violences de guerre dans l’histoire humaine, violences gratuitement orchestrées, voilà le visage du péché : une volonté pour le mal, une déshumanisation ultime, la négation de la noblesse humaine.

Ce mal est dans l’homme seul et se manifeste dans sa capacité, dans son ingéniosité pour anéantir ses semblables. Oui, le péché, la liberté de l’homme y est engagée. Une liberté reniée qui devient liberté pour le mal ; autrement dit, une liberté associée à une ingéniosité malsaine mettant volontairement en œuvre des techniques du péché : des méthodes et des moyens sophistiqués, savamment élaborés dans l’unique but d’anéantir ses semblables, des humains. Le génie humain ne se serait-il pas dégradé ? Ne se serait-il pas travesti en malin génie ? Corrompue par la puissance du mal et du péché, une certaine capacité d’inventer est devenue volonté de réaliser le mal.

D’une efficacité excluant tout hasard, leur emploi massif, l’œuvre exterminatrice des êtres humains poursuivis, les techniques du péché auront prouvé que l’homme, éloigné de l’appel à l’amour de Dieu et du prochain, aura choisi d’investir son intelligence au service du mal. Le péché n’est-il pas là ? Les tragédies de l’histoire le démontrent. La volonté pour le mal est manifestement une œuvre rationnelle. Les actions violentes des guerres ne sont-elles pas délibérées, planifiées et exécutées suivant les modes du système mis en place ? L’intellect n’y est-il pas suffisamment mobilisé pour répondre à des objectifs précis et atteindre des résultats évidents ? Les malheurs du monde sont le drame d’une intelligence orientée pour la réalisation du mal, d’une rationalité technologique affectée du péché.

Ce détournement des techniques de la noblesse de leurs fins et leur affectation au service d’une volonté impie destructrice du sacré consacrent l’impiété, une volonté sacrilège. Là où la piété envers la vie a été rompue, le lien envers Dieu a été fissuré. La négation de la vie humaine n’est-elle pas une négation même de Dieu ? L’impiété et le sacrilège ne sont possibles que là où l’homme se détourne de Dieu en s’érigeant lui-même en idole. Des exterminations des milliers d’êtres humains et les misères occasionnées par les violences contemporaines permettent de prendre conscience de cet indice du péché. Les guerres n’ont plus une autre forme que ce rituel d’extermination physique et morale d’êtres humains et de désacralisation des lieux saints.

Le péché est d’autant plus évident que ces guerres et ces violences sont liées à l’envie et à la cupidité. Elles ne sont même plus des guerres de survivance, mais idéologiques et sans contrepartie spirituelle. Des personnes faibles, notamment les enfants, les femmes, les vieillards, les malades, les personnes handicapées, ne sont plus tenues à l’écart des combats ; elles ne sont plus protégées. Les guerres étant devenues affaire des techniciens, personne n’est plus en dehors du champ de bataille. Plus aucune vie n’est épargnée, plus de révérence pour elle. Le sacré n’est plus reconnu. Y priment l’idéologie, le mensonge, l’esprit d’abstraction et l’objectivation, des pouvoirs de travestissement du semblable à un être abstrait, à une personne fantôme dénommée ennemi et substituable à un objet encombrant, inutile ou gênant. Il faut détruire, anéantir ou supprimer l’ennemi. Une négation absolue de ceux qu’on exclut dès lors de l’humanité, ceux dont on renie le sacré, l’être image de Dieu. Est-ce un pessimisme troublant ? N’est-ce pas plutôt une affirmation de l’espérance qui nous habite ? N’avons-nous pas raison d’espérer ? Si ! L’amour de Dieu peut changer le visage d’un monde en agonie.

Père Blaise Mankana

Là où bat le cœur de l’Eglise!

Là où bat le cœur de l’Eglise! – 10 novembre 2019

Du 14 au 17 novembre prochain se dérouleront les Journées Mondiales des Pauvres.

Le pape François a institué depuis 3 ans ce nouveau rendez-vous, non pour ajouter encore une date à un calendrier de l’année liturgique déjà bien chargé, mais pour rappeler la mission essentielle, centrale de l’Eglise, cel le de se préoccuper des plus démunis de notre société.

 Tout au long de l’année des milliers de bénévoles se mobilisent dans l’Eglise pour porter cette assistance et ce soutien par de multiples actions, maraudes, repas, visites ; sans oublier le déploiement de l’opération Hiver Solidaire qui, depuis 10 ans, permet à des dizaines de SDF de trouver  un accueil et pour certains le chemin de la réinsertion par le logement et le travail.

 L’Eglise en parle peu, et pourtant ces actions régulières font battre le cœur de notre Eglise.

Alors pourquoi ajouter au calendrier les Journées Mondiales des Pauvres ? Parce qu’il est nécessaire, indispensable, d’évoquer le formidable engagement d’une Eglise mobilisée pour le plus petit. Parce qu’il est nécessaire de penser nos actions, notre engagement en se tournant vers le plus petit dénominateur commun, parce qu’il nous faut toujours penser cet engagement à l’aune des Evangiles et du message biblique sans quoi nous serions une simple ONG démunie du socle d’une pensée chrétienne qui nous conduit, nous inspire, nous donne la capacité d’agir.

 Cette année, 11 personnes accueillies par La Mie de Pain, voyageront vers Lourdes avec 500 autres Parisiens à l’occasion de ces JMP 2019 avec  4 à 5000 personnes, SDF de France et d’Europe pour vivre un moment de communion et de partage.

 Pour celles et ceux qui ne pourront pas venir à Lourdes, le Diocèse de Paris organise un RDV à Montmartre le samedi 16 novembre à partir de 9h30, conduit par notre archevêque, Monseigneur Aupetit, une montée vers le Sacré-Cœur, avec temps de louange et d’action de grâce suivi d’un repas partagé dans le jardin de la basilique.

Ce sera également l’occasion de découvrir la très belle exposition installée dans la crypte jusqu’en octobre 2020 pour le Jubilé de Montmartre ! http://www.sacre-coeur-montmartre.com/francais/jubile-2019-2020/

« Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades » (Mc 2,17)

Ces paroles résonnent en nous pour nous rappeler combien notre chemin vers la sainteté, c’est d’abord un chemin de miséricorde, d’attention, d’amour du prochain en particulier lorsque ce prochain est diminué, ou empêché de grandir sereinement dans la joie de Dieu.

Prions pour que notre Eglise soit toujours accueillante, disponible, attentive aux plus pauvres, aux plus petits, pour ne pas oublier notre vocation de serviteur du plus faible, pour que la charité continue de nous animer et de nous pousser à toujours aimer de manière désintéressée, de traduire cet amour en actes.

Sylvain Thibon, diacre permanent