Histoire de l’Eglise Sainte Anne de la Butte aux Cailles

C’est vers la fin de la restauration, alors que le futur quartier appartient encore à la commune de Gentilly, qu’on relève la présence d’une chapelle, route de Fontainebleau (aujourd’hui avenue d’Italie) non loin de la barrière d’Italie (maintenant place d’Italie), vers l’emplacement actuel du centre Galaxie. Marcel Lecoq, qui a beaucoup étudié l’histoire du quartier, signale qu’elle avait été bâtie sous le vocable de Saint-Marcel de la Maison Blanche et qu’elle avait été érigée en paroisse en 1847. Elle était desservie par un prêtre de la paroisse de Gentilly dont elle dépendait.

C’était un petit édifice construit en bois et qui très rapidement s’était révélé insuffisant. La construction d’un édifice plus important et correspondant mieux aux besoins du quartier fut envisagée avant même les événements de 1848. Mais ceux-ci précipitèrent les choses…

LA CHAPELLE BREA

Le 25 juin 1848, le générai Bréa, en essayant de parlementer avec les insurgés qui tenaient encore la barrière de Fontainebleau, fut fait prisonnier conduit au Grand Salon, une guinguette qui se trouvait non loin de là, à l’emplacement de l’actuel 76 avenue d’Italie (immeuble EDF-GDF). il y sera sauvagement assassiné.

C’est à la fois pour répondre à la nécessité de construire une chapelle plus grande et de perpétuer le souvenir de la mort du général Bréa, qu’il sera décidé de construire sur l’emplacement même du Grand Salon, une église qui reprendra le vocable de Saint-Marcel de la Maison Blanche mals qui étant considérée comme chapelle expiatoire, portera aussi le nom de chapelle Bréa.

La famille Bréa fait l’acquisition du terrain et une souscription permet l’aménagement d’une petite construction en bois, plâtre et moellons qui offre 350 places aux 7000 habitants du quartier

Lors d’une visite en 1865, le baron Haussman songe à doter le quartier d’une église monumentale comme il l’a fait pour Ménilmontant. Il avait été envisagé de la construire au sommet de la Butte-aux-Cailles, mais la chute du second Empire anéantira le projet (seul le terrain aura été acheté avant 1870).

Le 25 Avril 1871, le quartier connait encore un épisode sanglant avec le massacre des Dominicains d’Arcueil survenu avenue d’Italie: le père Captier et onze de ses compagnons, suspectés de connivence avec Versailles, sont abattus par les insurgés, alors attaqués sur trois fronts. Un petit monument en marbre représentant le père Captier mourant et prononçant ses dernières paroles: « Allons, mes amis, pour le bon Dieu! », fut placé dans la chapelle et transporté plus tard dans l’église Sainte-Anne.

The death of Pere Captier, 25 May 1871C’est parce qu’il s’agit d’une chapelle expiatoire que le gouvernement insurrectionnel de la Commune de Paris décrète sa démolition le 27 avril 1871, considérant « ..que la chapelle Bréa était une insulte pour les victimes de juin 1848… Rien ne devait être reconstruit sur son emplacement, qui devait porter le nom de place de juin« . Cette décision restera lettre morte, hormis une vente aux enchères du mobilier, qui se déroula à l’intérieur de la chapelle le dimanche 21 mai, au moment même où les Versaillais pénétraient dans Paris par la porte du Point-duJour. La vente rapporte 1450 Frs et la liste des acquéreurs fut abandonnée sur une table et récupérée quatre jours plus tard par les forces de l’ordre.

Pendant ce temps, le quartier change et le percement de la rue de Tolbiac, entrepris en 1865, ne sera terminé qu’une vingtaine d’années plus tard, après le comblement de la vallée de la Bièvre. Pendant plusieurs années, la rue de Tolbiac franchira l’espace compris entre l’avenue d’Italie et la rue de la Glacière sur un remblai atteignant parfois 15 mètres de haut ce qui le fit appeler le « pont de Tolbiac ».